L’étranger, édito
novembre 13, 2010
« Grenoble, ville tsiganisée, nous voilà ! »
Le 31 juillet nous espérions de sempiternelles météo des plages, retours périlleux de vacanciers, chassés-croisés, courses de la rentrée, ritournelle caniculaire… L’hiver avait été long et on avait déjà un ministre d’État condamné pour injures raciales. Nous en avions assez pour alimenter nos conversations et, le cas échéant, préparer la riposte.
Mais, le 31 juillet 2010, Nicolas Sarkozy a fait un discours. Il a fait « le » discours, celui de Grenoble. Comme une sorte d’appel, l’appel du 31 juillet aux Français…En voici la substance :
Le chef de l’État a demandé que la nationalité française puisse être retirée à toute personne d’origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d’un policier, d’un gendarme, ou de tout autre dépositaire de l’autorité publique. La proposition ne dit pas « tout Français d’origine étrangère » mais toute personne. Il faut souligner l’habileté rhétorique. S’il était dit Français d’origine étrangère, alors on aurait admis la nationalité française comme premier attribut. Cela aurait pu nous faire dire : « nous sommes tous, nous les Français, des enfants d’immigrés ».
Il est dit « personne », c’est-à-dire personne, sans origine fixe. La proposition ne dit pas non plus qui sont les autres « dépositaires de l’autorité publique » auxquels personne pourrait porter atteinte, du coup on retient « la vie d’un policier ».
Droit dans ses bottes – il a parlé de « guerre nationale » contre les « voyous ». Là moi je dis, chapeau ! Guerre « nationale » c’est-à-dire mobilisation des « natifs » contre les voyous. Nous avons bien vu l’amalgame : voyou, étranger. Mais c’est plus tordu. C’est aussi : les voyous sont des étrangers, la délinquance est comme une seconde peau. Enfin, soulignant qu’en 2009 le taux de chômage des étrangers non communautaires a atteint 24 %, soit plus de deux fois la moyenne nationale, N. S. a souhaité que l’on évalue les droits et les prestations auxquels ont aujourd’hui accès les étrangers en situation irrégulière.
Et en plus, personne vit en dessous du seuil de pauvreté ! On ne voit pas comment « personne d’origine étrangère, délinquant multirécidiviste » pourrait prétendre à la moindre prestation !
Ce 31 juillet était d’une tristesse infinie.
Mais ce n’était pas tout ; le 9 août, Bruno Gollnisch euphorique rêvait à haute voix :Si on expulsait les délinquants étrangers et les doubles nationaux ramenés à leur nationalité d’origine (…) on viderait nos prisons des deux tiers, ce qui ferait de la place pour les voyous bien de chez nous.
Nous avions Napoléon « le petit », le 31 juillet marque la naissance de Pétain « le nain »
Nadia Taïbi
L’étranger, sommaire
novembre 13, 2010
Social et politique
04 Questions à Bakhtior Khamraev, défenseur des droits de l’homme en Ouzbékistan par Riwanon Quéré
09 L’étranger qui sourd en soi par Marc Zerbib
19 Entretien avec Ali el Kenz par Nadia Taïbi
26 Je suis d’ailleurs par Alex Raffy
37 Étranger – reconnaissance réciproque par Augustin Barbara
45 La journée de la jupe par Nadia Taïbi
Philosophie
48 L’étranger et l’homme invisible par Nadia Taïbi
57 Animal lovers par Jean Michel
65 Le commissaire et le partisan II par Vincent Grégoire
75 L’étranger par Marie Cosnay
Littérature et esthétique
84 Comment choisir et observer son étranger par Henri Copin
93 Entretien avec Charles Masson, autour de la BD Droit du Sol par Laurence Copin
100 À ce point du voyage par Martine Morillon-Carreau
101 On se dit impossible M. Morillon-Carreau
102 Le cri de l’homme un chant venu du fond des steppes par Patrice Bernard
104 Sale Boche par Yves Henri
106 Beauvoir : « est-ce qu’on épouse une femme comme moi ? » par Barbara Jacot
115 Étranger par Odette Barbero
120 Mahmoud Darwich. Poète palestinien, dissident et citoyen du monde par Gérard D. Prémel
129 Playlist par Roland Derudet
Notes de lecture
134 Odette Barbero, Descartes Le Pari de l’Expérience par Nadia Taïbi
136 Suzanne el Farah el Kenz, La maison du Néguev par Fatiha Hémaï
Yves Henri et la création partagée, page 138
L’étranger, les auteurs
novembre 13, 2010
Augustin Barbara
Ethnosociologue. Auteur de Les couples mixtes, Bayard, février 2004.
Odette Barbero
Philosophe, auteure notamment de Le thème de l’enfance dans la philosophie de Descartes, éd. L’Harmattan.
Patrice Bernard
Percussionniste. Auteur avec Eric Sagot de Escale à Cayenne, éd. MeMo, 1998.
Henri Copin
Spécialiste de la place de l’Indochine dans la littérature française. Auteur de l’Indochine dans la littérature française des années vingt à 1954, exotime et altérité, L’harmattan 1996.
Laurence Copin
Professeure de lettres modernes.
Marie Cosnay
Professeure de lettres classiques, traductrice de textes antiques, et écrivaine.
Roland Dérudet
Correspondant au journal Le Progrès et rédacteur de la rubrique Pop Life, édition du Jura.
Vincent Grégoire
Professeur de philosophie, président de la CIMADE,Vendée.
Fatiha Hémaï
Traductrice-interprête. Militante à l’association France Palestine Solidarité.
Yves Henri
Sculpteur, affirme et développe depuis 1996, un principe de création partagée.
Barbara Jacot
Documentaliste
Jean Michel
Philosophe, angliciste, artiste photographe.
Martine Morillon-Carreau
Présidente de l’Association Poésie / tout. Collaboratrice des éditions du Sac à mots et rédactrice de la Revue 7 à dire.
Gérard D. Prémel
Ecrivain et ancien rédacteur en chef de la revue régionaliste bretonne Hopala !, fondée sur le modèle de la revue culturelle et littéraire galloise Planet.
Riwanon Quéré
Chargée d’étude dans le cadre d’enquêtes sur la défense des droits de l’Homme en Europe de l’est et en Asie Centrale, et des migrants en France.
Alex Raffy
Psychologue dans un service de pédopsychiatrie et psychanalyste. Chargé d’enseignement à l’Université de Strasbourg.
Nadia Taïbi
Professeure de philosophie, auteure notamment de La philosophie au travail, l’expérience de Simone Weil, mai 2009, éd. L’Harmattan.
Marc Zerbib
Psychanaliste, en exercice à Cholet. Auteur de L’inconscient, un fait social, éd. ASH, 2002 et de La mort du père dans le travail social, éd. ASH, 2009.