La Bienveillance

Publié: 30 mars 2013 dans A1 - Thèmes Philosophiques

Voici quelques citations sur la Bienveillance, pour introduire votre discussion, si vous le désirez.
– Les signes de compassion et de bienveillance sont, dans quelques personnes, comme le canon de détresse qui dit que vous allez périr. Sophie Swetchine
–Un gouvernement qui serait fondé sur le principe de la bienveillance envers le peuple, tel celui du père envers ses enfants, c’est-à-dire un gouvernement paternel, où par conséquent les sujets tels des enfants mineurs, incapables de décider de ce qui leur est vraiment utile ou nuisible, sont obligés de se comporter d’une manière purement passive, afin d’attendre uniquement du jugement du chef de l’Etat la façon dont ils doivent être heureux, et uniquement de sa bonté qu’il le veuille également. Un tel gouvernement, dis-je, est le plus grand despotisme que l’on puisse concevoir.  Emmanuel Kant
– L’homme supérieur est celui qui a une bienveillance égale pour tous et qui est sans égoisme et sans partialité. Confucius
Traiter tous les hommes avec la même bienveillance et prodiguer indistinctement indistinctement sa bonté peut tout aussi bien témoigner d’un profond mépris des hommes que d’un amour sincère à leur égard.  Friédrich Nietzsche
– La tranquillité de deux mondes repose sur ces deux mots, bienveillance envers les amis, tolérance à l’égard des ennemis.  Proverbe persan
De même que le mépris blesse et irrite bien plus que la haine, de même l’estime est plus doux que la bienveillance, et en général les hommes se soucient beaucoup plus d’être estimés que d’être aimés, c’est même leur souhait le plus cher.  Giacomo, Comte Léopardi
– Celui qui fait l’éloge de nos ennemis diminue rarement notre malveillance pour eux, souvent notre bienveillance pour lui.
– La curiosité est le commencement de la bienveillance. Hérodote nous donne en exemple la première des vertus du reporter, qui est la sympathie. Il y a en lui une disposition toujours rebondissante à comprendre.  Claude Roy

Petit recueil de textes pour commencer notre réflexion sur la Bienveillance…

Texte 1 :
Que les hommes ne soient pas seulement de fieffés égoïstes, ou, dans une vision plus sophistiquée, uniquement des calculateurs rationnels qui cherchent toujours à maximiser leurs intérêts ou leurs préférences de sorte qu’on ne peut jamais leur prêter la moindre motivation désintéressée ou altruiste – est un fait qu’atteste ne serait-ce que la relation des parents avec leurs enfants. Car ce n’est pas pour des raisons strictement égoïstes que nous élevons et prenons soin de nos enfants. C’est leur bien que nous voulons et nous le voulons pour lui-même, là est notre bonheur. Mais que nous trouvions dans leur bonheur notre bonheur ne signifie pas que ce soit pour cette raison-là que nous œuvrons à les élever du mieux que nous pouvons. Il y a bien de la différence entre trouver de la satisfaction dans le bonheur des autres (par exemple de nos enfants) et vouloir celui-ci pour nous-même, ce qui en réalité n’a pas de sens et n’aboutit jamais au résultat escompté.
Fort bien, mais nous ne considérons pas que la volonté de faire le bonheur de nos enfants, de nos proches ou de nos amis, d’être bienveillant à leur égard, soit à proprement parler « morale ». Cela, nous le considérons comme « allant de soi », comme « normal ». Quiconque dérogerait à ces « obligations » n’agirait pas comme il convient, conformément à ce qui est attendu, selon la disposition requise. Rien n’exige cependant que cette disposition à la bienveillance ne s’adresse qu’à la sphère étroite de nos proches, selon ce que Hume appelait « la générosité restreinte », bien que ce soit généralement le cas. Il est des situations, en effet, où cette disposition, qui relève d’un sentiment de sympathie ou de compassion, de « commisération » disait Rousseau, se manifeste et nous pousse parfois à agir en faveur d’êtres qui ne nous sont rien. Mais que faut-il pour qu’elle se mette en branle ? Tout d’abord ceci : que ce qui arrive aux autres nous touche et nous affecte, et nous affecte d’une manière ou d’une autre avec une intensité suffisante pour nous pousser à faire quelque chose, à ne pas rester là les bras ballants, dans la simple position du spectateur conscient mais impuissant ou complice. Prenez la mobilisation générale après des catastrophes naturelles, comme Haïti ou le tsunami, pourquoi faudrait-il y voir une espèce de manipulation des bons sentiments ? On s’est souvent gaussé de ces engouements de masse pour des causes portées par les médias. Une affaire de « bonne conscience », de « bons sentiments ». Mais, dites-moi, qu’ont-ils de si ridicules ces « bons sentiments » lorsqu’ils nous poussent à dénoncer l’oppression, les injustices, le malheur des hommes, etc. et à faire ce qu’on peut pour ne pas laisser les choses en l’état, comme si de rien n’était ? La bienveillance, si présente dans les romans de Romain Gary, se rapporte à une authentique protestation contre la cruauté de l’ordre du monde, la brutalité imbécile des hommes et le silence incompréhensible de Dieu […]
Michel Terestchenko, Extrait d’un texte publié le 25 avril 2010

Texte 2 :
Je pense plutôt que l’accès au visage est d’emblée éthique. C’est lorsque vous voyez un nez, des yeux, un front, un menton, et que vous pouvez les décrire, que vous vous tournez vers autrui comme vers un objet. La meilleure manière de rencontrer autrui, c’est de ne pas même remarquer la couleur de ses yeux ! Quand on observe la couleur des yeux, on n’est pas en relation sociale avec autrui. La relation avec le visage peut certes être dominée par la perception, mais ce qui est spécifiquement visage, c’est ce qui ne s’y réduit pas.
Il y a d’abord la droiture même du visage, son expression droite, sans défense. La peau du visage est celle qui reste la plus nue, la plus dénuée. La plus nue, bien que d’une nudité décente. La plus dénuée aussi : il y a dans le visage une pauvreté essentielle. La preuve en est qu’on essaie de masquer cette pauvreté en se donnant des poses, une contenance. Le visage est exposé, menacé, comme nous invitant à un acte de violence. En même temps le visage est ce qui nous interdit de tuer.
Emmanuel Levinas, Éthique et Infini (entretiens de février-mars 1981), VII, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1982, p. 79-80.

Texte 3 :
« Or je dis : l’homme, et en général tout être raisonnable, existe comme fin en soi, et non pas simplement comme moyen dont telle ou telle volonté puisse user à son gré ; dans toutes ces actions, aussi bien dans celles qui le concernent lui-même que dans celles qui concernent d’autres êtres raisonnables, il doit toujours être considéré en même temps comme fin. Tous les objets des inclinations n’ont qu’une valeur conditionnelle ; car, si les inclinations et les besoins qui en dérivent n’existaient pas, leur objet serait sans valeur. Mais les inclinations mêmes, comme sources du besoin, ont si peu une valeur absolue qui leur donne le droit d’être désirées pour elles mêmes, que, bien plutôt, en être pleinement affranchi doit être le souhait universel de tout être raisonnable. Ainsi la valeur de tous les objets à acquérir par notre action est toujours conditionnelle. Les êtres dont l’existence dépend, à vrai dire, non pas de notre volonté, mais de la nature, n’ont cependant, quand ce sont des êtres dépourvus de raison, qu’une valeur relative, celle de moyens, et voilà pourquoi on les nomme des choses ; au contraire, les êtres raisonnables sont appelés des personnes, parce que leur nature les désigne déjà comme des fins en soi, c’est-à-dire comme quelque chose qui ne peut pas être employé simplement comme moyen, quelque chose qui par suite limite d’autant toute faculté d’agir comme bon nous semble (et qui est un objet de respect) »
Emmanuel Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs

Texte 4 :
La parfaite amitié est celle des hommes bons et semblables en vertu. Chacun veut du bien à l’autre pour ce qu’il est, pour sa bonté essentielle. Ce sont les amis par excellence, eux que ne rapprochent pas des circonstances accidentelles, mais leur nature profonde. Leur amitié dure tout le temps qu’ils restent vertueux, et le propre de la vertu en général est d’être durable. Ajoutons que chacun d’eux est bon dans l’absolu et relativement à son ami, bon dans l’absolu et utile à son ami, bon dans l’absolu et agréable à son ami. Chacun a du plaisir à se voir soi-même agir, comme à contempler l’autre, puisque l’autre est identique, ou du moins semblable à soi.
Leur attachement ne peut manquer d’être durable : il réunit, en effet, toutes les conditions de l’amitié. Toute amitié a pour fin le bien ou le plaisir, envisagés soit absolument, soit relativement à la personne aimée, et supposant alors une ressemblance avec elle, une similitude de nature, une parenté essentielle. De surcroît, ce qui est bon absolument est aussi agréable. L’amitié atteint au plus haut degré d’excellence et de perfection chez les vertueux.
Mais elle est fort rare : les personnes qui en sont capables sont fort peu nombreuses. D’autant qu’elle demande du temps et des habitudes communes.
Aristote, Éthique à Nicomaque (vers 345 av. J.-C), Livre VIII

Texte 5 :
L’homme est un être qui aime son prochain et qui vit en société. Que parmi ces liens d’affection, les uns soient plus éloignés, les autres tout proches de nous, cela ne fait rien à la chose toute affection est précieuse pour elle-même et non pas seulement pour les services qu’on en tire. Si donc l’affection pour les concitoyens est précieuse pour elle-même, il faut nécessairement en dire autant pour les gens de même nation et de même race, en sorte qu’il en va pareillement de l’affection pour tous les hommes. De fait, les sauveteurs sont ainsi disposés à l’égard du prochain qu’ils accomplissent le plus souvent leurs sauvetages non pas en vue d’une récompense, mais parce que la chose vaut d’être faite pour elle-même. Qui donc, voyant un homme écrasé par une bête, ne s’efforcerait, s’il le pouvait, d’arracher à la bête sa victime ? Qui refuserait d’indiquer la route à un homme égaré ? Ou de venir en aide à quelqu’un qui meurt de faim ? Ou, s’il a découvert une source dans un désert aride, ne la ferait connaître par des signaux à ceux qui suivent la même route ? Qui donc enfin n’entendrait avec horreur, comme contraires à la nature humaine, des propos tels que ceux-ci « Moi mort, que la terre soit livrée aux flammes » ! ou « Que m’importe le reste, mes affaires à moi prospèrent » ?
De toute évidence, il y a en nous un sentiment de bienveillance et d’amitié pour tous les hommes, qui manifeste que ce lien d’humanité est chose précieuse par elle-même.
Aristote, Éthique à Nicomaque

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