Edito SD 12

Publié: 10 juillet 2013 dans N12. Manger, S.-D n° 12

L’Édito
par Nadia Taïbi

« Ni tabac ni alcool désormais. Les enfants ne fument, ni ne boivent. » C’est là une des résolutions d’Abel Tiffauges, l’ogre imaginé par Michel Tournier. Celui-là que la vocation ogresse entraîne à capter l’enfance, jusqu’à chercher dans son propre régime à purifier de l’adultat son corps immense.
EditoEn ce sens et en bien d’autres, la figure d’Abel Tiffauges est utopique. Elle dit, parfois sauvagement, ce qui nous porte à manger et non pas : ce qui requiert de s’alimenter. Il s’agit bien sûr de désirer. Et le désir s’alimente des soupes que l’on nous a servies. Aussi, l’idée que l’on se fait d’un bon repas, le goût même des aliments est toujours un peu faussé tant il est empreint de nostalgie, de mastication du passé. Et dans ce que l’on rumine, il y a aussi les : « Tu sais combien de temps ça a pris à Maman ? » ou les : « Quinze jours sous une benne et tu les aimeras tes épinards ! » Plus encore en chaque adulte se lovent tous les bambins dont « il [Abel] ferait bien son quatre-heures ». Tournier l’avait bien saisi, les hommes qui veulent la mort de Tiffauges tombent sous le charme de Goering. Comme si Goering permettait de rejouer son enfance (d’être soi-même encore de la chair fraîche) là ou Tiffauges (l’ogre fanstamé) doit supporter la violence des adultes horrifiés. Bref, si la France a deux mamelles, comme l’aurait dit Sully, oublier pâtres et laboureurs est toujours facile, tant cette histoire de mamelle est confortante, et, finalement, on se trouve comme des enfants à la merci du moindre ogre qui passe ! C’était déjà l’idée de Tocqueville, lequel voulût nous avertir des méfaits d’un pouvoir tutélaire, si doux et apparemment démocratique fut-il. Bien que, pour ce que j’en sais, Tocqueville n’ait jamais évoqué la moindre chair. A fortiori n’a-t-il jamais parlé des fesses des enfants, mais puisque c’est à Abel que je dois mon inspiration alors j’en livre la clé avec cette petite réflexion : « À l’opposé des fesses des adultes, paquets de viande morte, réserves adipeuses, tristes comme les bosses du chameau, les fesses des enfants [sont] vivantes, frémissantes, toujours en éveil, parfois hâves et creusées, l’instant d’après souriantes et naïvement optimistes, expressives comme des visages ».

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Sens Dessous N° 12 couv p1 Pte

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