Édito SD 13

Publié: 10 janvier 2014 dans N13. Le propre, S.-D n° 13
« Bad girls do the best sheets »

parNadia Taïbi

La proposition de loi qui vise à abolir la prostitution donne lieu à un débat public extrêmement riche et pas toujours nauséabond. La loi devrait non plus pourchasser les prostituées, accusées pendant si longtemps de souiller le sang et le sperme des bons pères de famille… mais, suivant le modèle suédois, il s’agit de pénaliser les clients. Dans ce cadre, la position de Morgan Merteuil (1), Escort girl et secrétaire générale du STRASS, le syndicat du travail sexuel, est éclairante. À la question de savoir si oui ou non on peut choisir la prostitution : elle répond que le problème ne peut être celui de la liberté, arguant aussitôt que lorsque les femmes de ménage protestent, on peut soutenir leur mouvement sans pour autant avoir à se demander si exercer leur métier relève du choix. C’est ici que nous retrouvons notre proverbe irlandais : Les mauvaises filles font les meilleurs draps. L’expression n’a pas pour origine les grivoiseries fines d’un poète-chansonnier du XIXe siècle à Dublin. Elle rappelle de manière pragmatique que c’est aux mauvaises filles qu’il a longtemps incombé de laver les draps. Ainsi les couvents de la Madeleine sont issus du Rescue Movement qui prit naissance en Grande-Bretagne et en Irlande au cours du XIXe siècle, qui avait pour but affiché la réhabilitation de femmes dites « perdues » (« fallen women »). De même que Marie-Madeleine avait lavé les pieds du Christ en signe de pénitence, les pensionnaires devaient accomplir des travaux de blanchisserie, afin de laver symboliquement leurs péchés. Cela n’allait pas sans humiliation et châtiment, étant entendu bien sûr que le travail n’était pas rétribué. Toutefois il ne s’agit là que d’un fait des plus marquants pour signifier qu’il ne revient jamais symboliquement aux mieux lotis de s’occuper du nettoyage. Et parmi les sales boulots figurent en tête tous ceux qui, de près ou de loin, ont à voir avec les déchets, rebuts, saletés, des autres. Il est vrai toutefois que pour la symbolique, les sœurs madeleine ont été très loin : on faisait laver les draps et on voulait protéger ainsi de la luxure. Il est troublant que pour faire du « propre », pour délimiter des espaces communs, il faille que ce soit l’autre, celui qui n’est pas de ce monde qui « fasse place nette ». Je ne sais pas si je suis d’accord avec Morgan Mertueil mais sûrement qu’on ne pouvait pas mieux poser le problème !

Nadia Taïbi

(1) Dans Les femmes toute une histoire émission de Stéphanie Ducan, France Inter le 22 novembre 2013.

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