Le « sale boulot »

Publié: 10 janvier 2014 dans N13. Le propre, S.-D n° 13

Le « sale boulot »
Entretien avec Dominique LhuillierPropos recueillis par Nadia Taïbi

Dominique Lhuillier est professeure émérite de psychologie au Centre de recherche sur le travail et le développement du CNAM. Une de ses préoccupations porte sur les mécanismes de dépréciation de l’individu dans et par le travail. Un nombre conséquent de ses ouvrages questionne ce phénomène, entre autres : Placardisés, des exclus dans l’entreprise (1), Des déchets et des hommes (2), L’univers pénitentiaire, du côté des surveillants de prison (3). Elle est notamment pour notre objet, l’auteure d’un article qui porte précisément sur la notion de « sale boulot » pour la revue « Travailler (4) ». Nous faisons donc retour sur ses analyses pour comprendre s’il existe une définition objective du « sale boulot » ou si n’importe quel métier peut devenir un « sale boulot ».

Sens-Dessous – Parle-t-on de « sale boulot » pour désigner une tâche qui revêt en elle-même une dimension dégradante ? Ou est-ce plutôt parce qu’elle est traditionnellement dévolue à des individus socialement relégués qu’elle se trouve ainsi qualifiée ?

Dominique Lhuillier – Il est difficile de répondre à cette question car il y a différentes catégories de sales boulots et différents facteurs entrent en jeu. Partons d’un exemple assez évocateur, celui des travailleurs des déchets. Historiquement, quand on a commencé à organiser la collecte des déchets, cette tâche fût réservée aux condamnés, aux mendiants, à tous ceux qui étaient déjà dans une position de relégation sociale. On peut dire qu’on a attribué la tâche de ramasser les déchets aux éléments déchus du corps social. Les choses ont évolué. On a cherché à faire une présentation plus « sexy » de cette filière : on ne parle plus beaucoup d’ordures mais de déchets, d’industrie verte… Un nombre impressionnant de formules a pour vocation de masquer, d’euphémiser ce dont il est question de fait. Cependant on ne peut toujours pas dire que les personnes qui exercent dans cette filière aient une image sociale extraordinaire. Il n’y a pas beaucoup d’enfants dont le désir est de devenir éboueur ou égoutier.

S.-D.Cette forme d’épuration des dénominations parvient-elle à transformer le réel au travail ?
D. L. – Il y a souvent cette tentative de masquer, d’euphémiser les connotations répugnantes, disqualifiantes, voire terrifiantes, de ce qu’il va s’agir de faire ou des objets sur lesquels il va falloir travailler. Cependant ce vocabulaire ainsi largement déployé ne trompe que modérément le monde. Il y a, certes, le niveau du discours, mais travailler ce n’est jamais simplement discourir, c’est faire ! Par exemple, le recyclage suppose des opérations de tri, donc de tri manuel, ce qui veut dire travailler toute la journée les mains dans les ordures. On peut toujours trouver d’autres mots pour le dire, mais la réalité du travail au quotidien, les odeurs, ne peuvent pas être niées.

S.-D.Ce déni du langage ne renforce-t-il pas paradoxalement la souffrance des personnes qui font ces travaux ?
D. L. – C’est compliqué : à la fois un discours euphémisant peut être un recours pour donner une présentation plus convenable de ces travaux, mais en même temps cela jette un couvercle sur la réalité de ces activités. C’est compliqué parce qu’à la fois il faudrait pouvoir dire combien ces boulots-là ne sont pas nécessairement faciles à faire et à assumer socialement et en même temps on voit bien aussi , quand les gens ont le sentiment qu’ils font un « sale boulot », un métier qui fait l’objet d’une disqualification sociale, voire qui suscite un peu de dégoût, de peur, combien ils ont tendance à le nier. Je pense au fossoyeur, par exemple, c’est difficile de draguer le soir en disant qu’on est fossoyeur. Il y a ainsi beaucoup de gens qui cachent leur métier…

S.-D.Ils cachent des métiers qui sont eux-mêmes cachés, comme s’ils étaient contaminés par la nature des travaux…
D. L. – Quand je parle de « sale boulot », je me réfère à Hughes (5) qui l’introduit le premier par le concept de dirty work. Il évoque cette catégorie à partir de la division du travail. Il pointe une lacune : quand on pense à la division du travail on pense à la division sociale du travail et à la division technique du travail mais on oublie qu’il y a aussi une division psychologique et morale du travail. Il y a une échelle de prestige ou au contraire de dévaluation du travail et des métiers, qui est fonction des représentations sociales et du désaveu porté sur certaines tâches, notamment les tâches qui confrontent à la souillure, au sale, les tâches qui confrontent à la transgression de principes moraux… E. C. Hughes voit cela sous l’angle de la division du travail. Pour ce qui me concerne, je suis aussi psychologue, plus précisément psychosociologue du travail (6). Ce qui m’intéresse c’est ce qui peut se passer socialement autour de ce genre d’activités mais aussi ce qui se passe psychiquement. C’est pourquoi je dis souvent que le « sale boulot » ce sont des tâches de traitement du négatif psychosocial. Tout ce qui est dénié, occulté, relégué aux coulisses (on peut voir comment les choses se déclinent différemment suivant les cultures, suivant les périodes socio-historiques) tout ce que, les sociétés mais aussi les sujets ne veulent pas reconnaître, ne veulent pas voir, ne veulent pas savoir (ces objets comme les ordures, ou ces phénomènes comme la mort), toutes ces tâches donc qui font l’objet d’un traitement social d’occultation, requièrent cependant des gens pour les accomplir. Or ils sont eux-mêmes occultés ou contaminés par ce jugement dépréciatif. Ils subissent ainsi le même destin que celui qui est réservé aux tâches qu’ils accomplissent.

S.-D.Hughes évoque le cas d’un concierge (7), il pointe une forme de ressentiment. Ce concierge a le sentiment d’être relégué au niveau des déchets qu’il traite et il en veut aux locataires de ne pas simplifier sa tâche en négligeant la propreté de leurs poubelles.
D. L. – On retrouve souvent ce sentiment, lorsque les personnes n’ont pas choisi leur travail, lorsqu’elles n’ont pas comme ressource pour soutenir ces métiers-là la construction d’un sens qui requalifie, revalorise l’activité qui est la leur. Je pense par exemple à l’hôpital. En effet, Hughes a beaucoup travaillé sur la division morale et psychologique du travail à l’hôpital. Si je prends un service de maternité, on a le positif psychosocial du côté de ce qui concerne la naissance, et le négatif qui concerne les IVG. On peut effectivement voir des soignants « affectés » aux IVG qui peuvent éprouver du ressentiment à l’égard des femmes qui viennent demander une IVG, parce qu’ils se trouvent confrontés à devoir faire des choses qu’ils ne désapprouvent pas nécessairement, mais qui les mettent en difficulté par rapport à la question du sens de l’activité. Cela réveille des choses très personnelles. Comment se sortir de là ? Cela peut être soit en disqualifiant les femmes qui viennent demander une IVG, soit en redéfinissant la tâche réalisée, en transformant l’interruption volontaire de grossesse en interruption médicale de grossesse (IMG).

S.-D.Par ailleurs, la notion d’interruption médicale de grossesse renforce la dimension professionnelle de cet acte.
D. L. – Tout à fait. D’autant plus que l’IVG est à peu près le seul acte que peut réaliser un soignant non pas sur la base d’une prescription médicale mais sur la base de la demande d’un patient, ce qui est déjà une dérogation par rapport aux repères de la profession. En général, les soignants se déterminent par rapport à des cadres qui sont des cadres professionnels, des cadres médicaux. Il y a ce qui est bon pour la santé et ce qui est mauvais pour la santé, il y a le protocole de soin. On retrouve les mêmes débats en chirurgie esthétique, où la demande des « clients » prime sur l’urgence sanitaire.

S.-D.Cependant, la chirurgie esthétique ne semble pas faire l’objet de la disqualification propre au « sale boulot » ?
D. L. – Il peut y avoir des soupçons sur le fait qu’il s’agit d’un commerce. Sur le fait qu’il ne s’agit pas vraiment de médecins mais de personnes qui cherchent à faire des affaires. Le « sale boulot » n’est pas simplement lié à l’objet traité. On a parlé de « sale boulot » à propos de la mort, des déchets, à titre d’exemples, mais le « sale boulot » peut être aussi relatif aux manières de faire, à des modes opératoires jugés transgressifs par rapport à des principes qui peuvent être des principes moraux, des principes professionnels. Je prendrai l’exemple du policier : je ne dirai pas que le métier de policier tombe tout entier dans la catégorie de « sale boulot ». Je pense que c’est plus compliqué, il y a plus d’ambivalence, de positif. Mais la part négative consiste en l’exercice d’une violence qui se dévoile par ses abus. On peut questionner sa légitimité. Peut-on par exemple valider moralement l’usage des filatures, des écoutes téléphoniques, de tout ce qui est intrusion dans la vie privée ? On retrouve ce trouble chez les surveillants de prison, qui sont eux déjà plus nettement intégrés dans la catégorie du « sale boulot ». À l’intérieur de toutes les tâches qu’ils ont à réaliser, celles qui les mettent le plus en difficulté, qu’ils détestent le plus faire, sont bien souvent les fouilles à corps ou la surveillance des parloirs où il s’agit de surveiller des relations intimes entre le détenu et ses proches.

S.-D.Par ailleurs, le surveillant de prison exerce dans un lieu caché, souvent sale, et sa profession demeure l’objet d’opprobre…
D. L. – Il y a peu de gens qui pour évoquer ce métier parlent de surveillants de prison. Il y a ceux qui disent les matons ou, plus souvent, les gardiens de prison. Les mots utilisés pour désigner le métier comptent bien sûr et puis il y a la contamination par les objets traités. On a parlé des déchets mais les détenus apparaissent quand même comme des rebuts sociaux ; ils sont parqués dans des établissements fermés desquels on ne sait pas grand-chose sauf qu’a priori ces espaces sont surpeuplés, sales, qu’il y a beaucoup de trafics, de violence, de tentatives de suicides, etc. Les échos sont plus que négatifs.

S.-D.Cette question de l’invisibilité des tâches semble assez prégnante pour désigner le « sale boulot » ?
D. L. – Oui, mais c’est une invisibilité construite. On ne sait pas grand-chose et cela peut favoriser les projections négatives. Dans la réalité, il est évident que ce travail ne correspond pas à l’idée que l’on peut s’en faire. Sinon il ne serait pas soutenable. Pour qu’il le soit, il faut bien que les personnes qui sont en charge du négatif psychosocial aménagent les conditions qui rendent possible ce travail-là dans la durée. Et ils le font, d’une part, personnellement parce que cette activité a du sens pour eux, qu’elle peut être valorisée. Elle correspond à des valeurs personnelles, construites ou transmises au sein, par exemple, d’une généalogie professionnelle familiale. Je pense à ces surveillants de prison qui sont surveillants de prison parce que leur père l’était, leur grand-père l’était. De ce fait, une vision positive du métier a été transmise. D’autre part, ils le font par le fait que collectivement ils construisent un sens positif de leur activité. Par exemple, les surveillants de prison vont considérer qu’ils sont des professionnels de la sécurité publique ; du même coup, ils peuvent s’identifier et être assimilés à des policiers, des gendarmes… à des professions qui ont une image plus positive. Ils peuvent valoriser ce qu’ils font au regard d’un système de valeurs propre à la profession. Sinon, ils ne pourraient rester.

S.-D.Finalement, la représentation subjective de l’individu semble primordiale pour utiliser le qualificatif de « sale boulot ». Eichmann, par exemple, n’avait sans doute pas ce sentiment ?
D. L. – Les jugements portés sur les finalités poursuivies sont, avec les jugements portés sur les objets traités et ceux sur les manières de faire, les trois façons de qualifier un « sale boulot ». On peut désavouer les finalités poursuivies. Quelqu’un comme Eichmann ou quelqu’un dont le métier est de torturer, par exemple, peut soutenir ce qu’il fait tranquillement à partir du moment où l’activité est associée à une finalité justifiée. « La fin vaut bien les moyens », cette formule dit beaucoup. On peut se sentir autorisé à faire des choses totalement condamnables à partir du moment où les objectifs poursuivis sont, eux, jugés prioritaires. On ne peut pas exercer un « sale boulot » sans recourir à des opérations de requalification du « sale boulot ». Là, on est plutôt dans une requalification symbolique. On peut aussi recourir à des stratégies collectives. Par exemple, recourir à des stratégies qui consisteraient à ne pas voir la souffrance des détenus. Quand on est surveillant et que l’on travaille dans une maison centrale, c’est-à-dire un établissement qui accueille de très longues peines, on sait que l’on va vieillir en même temps que l’on va voir vieillir des détenus du bâtiment. Pour soutenir cette cohabitation dans la durée et l’exercice de la contrainte, il faut ne plus voir la personne incarcérée, mais seulement sa dangerosité à neutraliser ou un numéro d’écrou, élément d’un stock de population à gérer.

S.-D.Le collectif permet donc de protéger l’individu, de construire son déni, de ne pas être exposé à la souffrance ?
D. L. – En effet, la présence des pairs, des collègues est fondamentale dans ce genre de métier. Il faut « se sentir appartenir », pouvoir échanger avec les autres sur le sens de ce qu’on fait, sur la construction des règles du métier qui redonnent un sens positif aux tâches accomplies. Échanger ainsi sur ces défenses collectives qui épargnent la souffrance associée à la culpabilité, la honte associée à certaines tâches.

S.-D.Ainsi la souffrance de l’individu relégué par ses collègues se trouve d’autant plus importante qu’il fait un « sale boulot » ?
D. L. – C’est le corporatisme ou la pression conformiste qui exigent de se tenir les coudes pour faire face aux difficultés rencontrées. Par exemple, pour les CRS : ne faire qu’un est fondamental. Il est en effet impossible de faire du maintien de l’ordre si on a peur, il faut se sentir appartenir au corps, être un des maillons de la chaîne. Si les collègues repèrent que quelqu’un a peur, il est très vite mis sur la touche car il met en péril les autres. On retrouve cela à chaque fois que le travail est difficile, éprouvant. Il existe un credo commun auquel chacun doit se conformer. Celui qui ne veut pas ou ne parvient pas à se conformer est très vite mis au placard, mais cela n’existe pas simplement dans le cadre du « sale boulot ». La mise au placard des résistants au credo dominant est une constante dans toutes les organisations, les ensembles sociaux où prévalent la pensée unique et la diabolisation du désaccord et du conflit.

S.-D.Par ailleurs, l’individu n’est-il pas confronté au tabou de l’énonciation dans le « sale boulot » ?
D. L. – Les constructions symboliques et défensives qui permettent de soutenir les épreuves de ce genre de travail provoquent des risques de tensions et de conflits au sein des équipes mais aussi des conflits intérieurs, de la culpabilité, de la honte. Si on ne peut plus ne pas voir, on peut éprouver de la honte… On peut ici étendre la question du « sale boulot » au-delà de certains métiers traditionnellement relégués ou disqualifiés. En effet, dans tous les métiers il y a du « sale boulot », des tâches moins valorisantes ou contraires à des valeurs, des principes. Chacun, dans son activité professionnelle, peut, plus ou moins souvent, plus ou moins profondément, avec plus ou moins de force, se dire : je ne peux pas être fier de ce que je fais. Comment alors subvertir cette expérience négative ? Comment se reconnaître dans ces activités ? Par la voie de la redéfinition des finalités, des manières de faire, pour restaurer la qualité du travail ? Par la voie de la délégation ? Une bonne partie des tâches que les gens vivent comme indues sont des tâches vécues comme ne relevant pas de leur métier ; ils cherchent alors à les déplacer sur d’autres professionnels.

S.-D.Éprouver le sentiment de faire un « sale boulot » peut être aussi le signe d’une émancipation par rapport au corporatisme qui aspire à faire taire l’esprit critique ?
D. L. – Le « sale boulot » est toujours une question de jugement porté sur l’objet traité, la manière dont on le traite et les finalités poursuivies dans ce traitement. Les sources de jugement sont multiples : il y a des jugements macrosociaux, c’est-à-dire les représentations sociales de ces objets-là (la mort, la vieillesse, la folie, les déchets, etc.), les jugements que peuvent porter les pairs et les jugements que chacun porte sur ce qu’il fait. On peut exercer une profession reconnue et, pourtant, avoir un jugement personnel qui fait que l’on se sent mal à l’aise par rapport à ce que l’on fait. Il peut y avoir un conflit entre la nécessité d’agir en conformité avec les règles du métier et le besoin d’être en cohérence avec ses propres valeurs. Par exemple, les cabinets spécialisés dans les plans sociaux contiennent des principes auxquels on peut se conformer et se conforter en se disant que ce que l’on fait correspond bien aux règles du métier. Cependant, on peut se demander, dans une conception moins étroite des règles et des valeurs, s’il n’est pas temps d’être moins dans la conformité. Le corporatisme peut ainsi valider des pratiques qui mériteraient d’être interrogées. Ce qui est fondamental, en fait, c’est bien la vitalité de la pensée, du questionnement et du débat pour construire le sens du travail et donc définir sa valeur. Il faut admettre que nul n’est porteur du sens a priori. Le corporatisme, au contraire, nuit à cette élaboration. En général, il est assez anesthésiant pour la pensée. En ce sens, avoir le sentiment de faire « un sale boulot » peut être bon signe sur le plan éthique.

 

Notes :
1. Seuil, Paris, 2002.
2. Co-écrit avec Yann Cochin, Broché, Paris, 1999.
3. Co-écrit avec Nadia Aymard, Desclée de Brouwer, Paris, 1997.
4. « Travailler », 2005.
5. Everett Cherrington Hughes (1897-1983) est l’un des principaux représentants de la pensée sociologique de l’école de Chicago, courant de pensée sociologique apparu au début du xxe siècle aux États-Unis.
6. Lhuillier, Barros, Araujo, La psychosociologie du travail : perspectives internationales, Nouvelle Revue de Psychosociologie, 15, 2013.
7. Dominique Lhuillier, Le sale boulot, « Travailler », 2005.

Pour en savoir plus...

Haut de page Retour au sommaireRetour à l’accueil
Utilisation des articles

SD 13 - Couv 1re Pte

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s