Archives de 11 octobre 2014

L’édito

Publié: 11 octobre 2014 dans N14. Mentir, S-D n° 14

L’édito
par Nadia Taïbi


Qu’est-ce qui reste ?
La parole des victimes, la chair des bourreaux.

Le cinéaste cambodgien Rithy Panh consacre une partie de son œuvre à dévoiler le mécanisme génocidaire orchestré par les Khmers rouges au Cambodge. À partir de 1975, le pays bascule dans le massacre et l’on tue au nom de l’Angkar. On ne parle plus du peuple cambodgien mais du « nouveau peuple cambodgien ». Le parti est devenu l’État. Et, comme dans tout projet idéologique, on manipule le langage car les mots sont « le support des gestes ». La question de l’impunité ne se pose plus puisque tous ces massacres se font dans le cadre de la loi.
Le journaliste Jean Hatzfeld a lui aussi consacré son travail à révéler cette idéologie du massacre. Il n’est pas cinéaste bien qu’il ait affaire lui aussi aux images. Celles par lesquelles on parvient à accepter la « nudité de la vie ». Que reste-t-il après les massacres ? Il faut énoncer ce qui reste, dans la tête de ceux qui restent. C’est ce que raconte très bien Janvier Munyaneza (14 ans, berger tutsi, Colline de Kiganna) : Certains épisodes sont très racontés alors ils grossissent grâce à tous les ajouts des uns et des autres. Ils se maintiennent transparents si je puis dire, comme s’ils s’étaient déroulés hier ou à peine l’année dernière. D’autres sont délaissés et ils s’obscurcissent comme dans un songe [1].
Pour Rithy Panh les bourreaux sont condamnés au mensonge, ils n’ont plus de mots. Ils ne peuvent se considérer que comme des victimes, sinon ils se pendraient. Toutefois il précise : « ce n’est pas pour autant que leurs actes ne les ont pas marqués dans leur chair. Ils sont parfois atteints de fièvre et d’épuisement, parce qu’ils ont conservé la mémoire des gestes [2] ».

[1] Dans le nu de la vie, Éditions du Seuil, Paris, 2000, p. 57.
[2] Le Monde du 3 avril 2014. Propos recueillis par Nicolas Truong.

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Cause toujours

Publié: 11 octobre 2014 dans N14. Mentir, S-D n° 14

Cause toujours
par Hélène Isnard


Quelles pourraient être les figures du mensonge en psychanalyse ? Comment pourrait-on en effectuer le repérage dans la cure ? Quelles en sont les fonctions ? Que signent-ils dans le texte de l’analysant et de l’analyste défini par le cadre transférentiel ? Autant de questions qui se pensent dans le rapport unique des partenaires à la langue, à la parole et au récit, et à leurs possibles dénaturations.

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Pseudonyme en ligne : Remarques sur la vérité et le mensonge sur soi
par François Perea


Le pseudonyme et le mensonge ?
Parce qu’il dissimule l’identité véritable – c’est-à-dire ici civile – le pseudonyme en ligne serait un faux de la parole et faciliterait, si ce n’est incarnerait, le mensonge.
L’association apriorique est trompeuse.

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Mentir ? Ça va de soi !

Publié: 11 octobre 2014 dans N14. Mentir, S-D n° 14


Mentir ? Ça va de soi !
par Xavier Bouchereau

Qui n’a jamais menti ? Personne évidemment. Le mensonge, nul n’y échappe, mais nul n’échappe non plus à la réprobation morale qu’il provoque. Que ce soit un enfant qui dissimule une bêtise subissant les foudres de ses parents ou un homme politique soldant la note de toutes les promesses non tenues, petites ou grandes, le menteur est blâmé pour sa faute. Le mensonge connaît quelques bénéfices, il permet d’esquiver la vérité, mais il entraîne aussi de fâcheuses conséquences quand la vérité le rattrape.

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Mentir pour plaire : Questions sur le phénomène placebo

par Pascal-Henri Keller


Si tout le monde a entendu parler du phénomène placebo, une chose est sûre, personne n’est en mesure d’en proposer une explication globale vraiment satisfaisante. La manière dont ce phénomène est entré dans le monde médical traduit assez bien l’embarras où il plonge ceux qui s’y confrontent. Alors que le mot placebo fait partie des termes médicaux utilisés en Angleterre depuis 1785, il ne sera mentionné dans la littérature médicale française que plus de 150 ans après, en 1954. Sur le plan scientifique d’ailleurs, on constate que le placebo ne suscite vraiment de l’intérêt qu’à partir de cette période : d’après le site PubMed, si aucune recherche ne le mentionne en 1951, on ne recense pas moins de 9 142 articles s’y référant en 2013 !

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La confusion des sens : Ou le mentir vrai dans l’action politique aujourd’hui
par Robert Salais


Dans leur conversion aux solutions de marché dont la crise a révélé l’ampleur et les dégâts, les décideurs publics et les détenteurs du pouvoir ont, dans leur grande majorité, abandonné le projet d’agir directement sur la substance de la réalité économique et sociale comme dans les pratiques interventionnistes propres aux régimes de croissance économique de l’après-guerre. Pour autant, leur rabattement sur des régulations marchandes – par un changement des règles et des procédures publiques qui favorise le plein déploiement du marché – ne va pas de soi.

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La vérité judiciaire : Les décisions de justice sont-elles falsifiables ?

par Michel van de Kerchove et Nadia Taïbi (entretien)


Michel van de Kerchove est juriste et théoricien du droit belge. Professeur émérite et chercheur à l’Université Saint-Louis de Bruxelles, il est un spécialiste reconnu du droit pénal et de la politique criminelle. Nous abordons ici la question de la nature de la vérité établie par le procès pénal : dire le droit, est-ce dire le vrai ?

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Incarcération : Le corps ne ment pas
par Nadia Taïbi


Les échos récurrents des prisons portent en général sur les mauvaises conditions de vie carcérale. Le soupçon réside dans le fait qu’il existe des risques de manquements au respect des droits fondamentaux, consubstantiels à l’enfermement. Parmi les données rendues publiques (outre le nombre de suicides ou de morts suspectes publié chaque année par les associations et repris par l’administration) demeurent les chiffres de la surpopulation carcérale concernant les 98 maisons d’arrêt de France.

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Thomas Hobbes : La parole souveraine et l’honneur des sujets

par Vincent Grégoire


Un être humain peut dire « le soleil brille » quand bien même il pleut. On peut y voir le signe d’un dérèglement des sens ou d’une certaine perversion morale, mais on doit aussi et avant tout y voir la preuve que nous n’appartenons pas au monde comme les parties d’un tout régi par des lois nécessaires et immuables. C’est pour cela que nous sommes des êtres politiques, autrement dit des êtres capables de parler et d’agir. Dans son essai sur Le mensonge en politique, Hannah Arendt affirme : « la négation délibérée de la réalité (la capacité de mentir), et la possibilité de modifier les faits (celle d’agir) sont intimement liées […] Sans cette liberté mentale de reconnaître ou de nier l’existence […] il n’y aurait aucune possibilité d’action ; et l’action est évidemment la substance même dont est faite la politique. »

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La représentation : Entre vérité et mensonge
par Louis Ucciani


Alors que je préparais un texte sur le travail de Jean Messagier, lors de nos discussions, celui-ci me demanda de préciser le sens que j’attribuais au mot représentation et en quoi je l’associais ou non à la représentation picturale. Certes une ambiguïté dans l’utilisation du terme aurait pu faire penser que, si ma lecture philosophique condamnait la représentation, elle entraînait de fait dans cette même condamnation la représentation picturale.

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