Fatiha Hémai

Publié: 2 mars 2015 dans N15. Panique, S-D 15

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Fatiha Hémai
par Suzanne el Kenz

Cela fait déjà quelques matins sans elle. Fatiha, emportée par un effroyable cancer contre lequel elle s’est battue pendant cinq longues années. Mais avant tout, Fatiha Hémai était une militante depuis fort longtemps, depuis Alger, ville de sa naissance, depuis ses études là-bas et son boulot au Ministère des Affaires sociales. Elle travaillait avec passion auprès d’associations féministes et, quand les temps étaient difficiles, elle sortait dans les rues auprès des rebelles et levait haut le poing pour revendiquer un digne statut pour les femmes, pour une expression libre et contre les idées rétrogrades qui voulaient emprisonner le peuple algérien dans l’obscurantisme.

Ce combat, elle l’a payé cher : sa vie fut menacée et sa fille, alors âgée de sept ans, a été kidnappée et puis miraculeusement arrachée des mains de ses ravisseurs. Cela lui a coûté l’exil et une arrivée précipitée à La Roche-sur-Yon avec ses trois enfants. Mais elle n’était pas femme à se laisser démonter. Elle reprit ses combats, tout en s’adaptant à sa nouvelle existence. Les mots justes, les causes justes : sans-papiers, immigrés, environnement et surtout, son étoile du berger, la Palestine.
Petite fille de Bougie en Kabylie et, à la différence de certains de ses compatriotes fourvoyés, jamais sectaire ni sclérosée dans ses revendications berbères, arabes et internationales ; Fatiha, ça lui déchirait le cœur de les entendre scander : « vive Sharon, vive Israël ! » et pour certains de leurs dirigeants, jusqu’à aller à la Knesset et clamer « vive la démocratie israélienne ! ».
Bien sûr, ils devinrent ses adversaires et elle les combattait, autant qu’elle combattait pour que cesse la colonisation et que le droit soit enfin appliqué aux Palestiniens tant injustement lésés.
Elle me disait : « Comment est-ce possible de la part de mes coreligionnaires de jouer le fameux jeu ancien, mais toujours persistant, de la colonisation : diviser pour régner ? »
Et quand moi, fille de Gaza, j’étais fatiguée ou paresseuse de et envers ma Palestine natale, c’est elle qui me tirait par les manches pour me dire : « Tu sais, aujourd’hui, il y a eu tant de morts, tant de blessés, tant de maisons détruites ou tant de routes coupées… » et j’en passe et des pires de cette florissante colonisation israélienne.
Fatiha peignait, créait, écrivait, marchait et criait poings levés.
Salam à toi mon amie Fatiha, dont le nom signifie « ouverture ». Cette ouverture que voulait notre cher Fatah à sa création en 1965, ouverture sur toutes les libertés : celle de la résistance, celle des idées, celle de la pensée, jusqu’à celle des corps, y compris celui des femmes.
Hélas, les sentiers furent battus autrement depuis.

Repose en paix Fatiha.

 

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