Pourquoi les groupes militants de la question animale ont-ils tendance à radicaliser leurs positions ?

Publié: 15 décembre 2015 dans A1 - Thèmes Philosophiques

Petit recueil de textes pour quelques pistes de réflexions.
1. Thomas Lepeltier, « Petite litanie des arguments anti-végétaliens », Sens-Dessous n° 12 : Manger, juillet 2013.

L’industrie de la viande et du lait fait terriblement souffrir les animaux. Les personnes qui mangent de la viande, du fromage, du beurre et des yaourts le savent plus ou moins bien. Cela ne les empêche pas de continuer à manger ces produits. Pour ne pas être perturbés par les souffrances dont ils sont responsables par leur habitude alimentaire, ils ont trouvé une stratégie bien commode : le déni. Expériences à l’appui, on a effet pu montrer que, au moment de passer à table, les mangeurs réguliers de ces produits – désignés ici par « carnistes [1] » – oublient ou minimisent la capacité des bêtes à souffrir. Il y a bien déni puisque, quand ils ne sont pas en train de s’apprêter à manger ces produits, ils reconnaissent, pour la plupart, que les animaux qu’ils mangent ont un système nerveux ainsi que des capacités cognitives et émotionnelles qui les rendent capables de souffrir, plus ou moins comme nous autres, êtres humains [2]. Cet auto-aveuglement permet de ne pas gâcher le goût de ces produits par un sentiment de culpabilité.

Cela dit, les carnistes avancent quand même un certain nombre d’arguments qui justifient, à leurs yeux, leur pratique alimentaire. Dans cet article, nous allons passer en revue quelques arguments qui circulent ainsi en faveur d’une alimentation à base de viande et de produits laitiers. À chaque fois, nous leur opposerons des arguments tirés de la « littérature » provenant des végétaliens éthiques, c’est-à-dire des personnes qui refusent de manger des produits d’origine animale pour des raisons éthiques [3].

Les éleveurs prennent soin de leurs bêtes
Comme on l’a évoqué ci-dessus, le déni de la souffrance animale est une des premières défenses des carnistes. Juste au moment de passer à table, il sert à éliminer tout sentiment de culpabilité. Mais il peut aussi être beaucoup plus stratégique. Comme il est difficile de nier de façon sensée que les animaux ont la capacité de souffrir, certains carnistes vont nier que la filière viande les fait particulièrement souffrir. Par exemple, l’éleveur traditionnel va dire qu’il aime ses bêtes. Comment pourrait-il donc leur faire du mal ? Quant à l’industriel de la filière viande, il va souligner qu’il fait tout pour que les bêtes dont il s’occupe ne stressent pas et ne souffrent pas aux différents stades de leur prise en charge. Sinon, la viande ne serait pas bonne, avance-t-il [4].
Pour le végétalien, cette défense ne tient pas la route. Il suffit, fait-il remarquer, de lire les enquêtes ou de regarder les reportages, plus ou moins clandestins, sur la filière viande, pour découvrir les conditions abominables dans lesquelles la plupart des bêtes de rente sont élevées, transportées et abattues [5]. Il n’y a donc pas photo : les animaux de rente souffrent terriblement. Comment les acteurs de la filière viande osent-ils donc affirmer le contraire ? Ce n’est pas forcément un mensonge délibéré. Il est évident qu’ils aimeraient bien que les bêtes qu’ils élèvent, transportent et abattent ne souffrent pas, voire qu’elles soient contentes de leur sort. Que pourraient en effet rêver de mieux les carnistes que de cochons, vaches et poules qui voudraient se faire manger et qui tous les jours vivraient dans la joie à l’idée de cette future félicité ? Mais ce n’est pas la réalité, répète le végétalien. Au quotidien, les bêtes de rente souffrent terriblement. Le nier, c’est là encore s’auto-aveugler, en prenant ses rêves pour la réalité

La viande et le lait sont nécessaires pour la santé
La consommation de produits d’origine animale est nécessaire pour être en bonne santé. Voilà un autre grand argument des carnistes. Par exemple, le nutritionniste Léon Guéguen s’oppose au régime végétalien en raison des carences qui seraient censées en résulter : avec un régime végétarien, écrit-il, « une certaine vigilance s’impose pour le fer et la vitamine B12 dont la carence est la cause de divers types très graves d’anémie » ; le problème serait encore plus grave pour le régime végétalien qui « ne peut pas assurer un apport suffisant de calcium par les aliments de base courants [6] ».
Le végétalien peut facilement opposer à ce genre d’affirmation la position d’autres experts, comme ceux de l’Agence Américaine de diététique, qui ont écrit récemment qu’un régime végétalien bien préparé est tout à fait adapté aux athlètes, adultes, adolescents, enfants, mères en train d’allaiter et femmes enceintes [7]. Mais le végétalien peut également souligner les incohérences des experts pro-viande. Par exemple, dans l’article cité ci-dessus, Léon Guéguen avait aussi écrit : « Aucun aliment n’est indispensable, seuls les nutriments le sont ». Qu’est-ce qui empêcherait donc le végétalien d’aller chercher les nutriments dont il a besoin ailleurs que dans les produits d’origine animale ? Certes, le même expert dit que les « aliments de base courants » autres que ceux provenant des animaux sont, par exemple, déficitaires en calcium. Peut-être, mais qui oblige un végétalien à se limiter aux « aliments de base courants » ? Un végétalien sensé ne se contente pas de supprimer le steak de son steak frites. Il va chercher les aliments qui lui apportent ce dont il a besoin. Il se peut que certains nutriments soient plus difficiles à absorber quand ils sont ingérés par l’intermédiaire d’autres aliments que la viande ou le lait. Tout végétalien sera éventuellement près à le concéder. Mais ce n’est, selon lui, pas un problème. Le but de l’alimentation végétalienne n’est pas d’optimiser l’assimilation des nutriments, surtout dans une société d’abondance. Il est d’adopter un mode alimentaire qui, si c’est possible, ne se fonde pas sur la cruauté envers les animaux. Or les repas végétaliens, complets en termes de nutriments et riches en saveurs, sont relativement faciles à préparer. Pourquoi donc sans priver ? Sans compter que de plus en plus d’études soulignent les effets néfastes pour la santé d’une alimentation à base de produits d’origine animale [8].
Faisant la sourde oreille, les experts pro-viande répètent inlassablement qu’un végétalien est obligé de se supplémenter (en vitamines B12, en fer, en calcium, etc.) pour éviter les carences. Ce qui montrerait, à leurs yeux, que ce régime n’est pas naturel et donc peu recommandable. Là encore, le végétalien peut facilement mettre en avant le côté biaisé d’un tel argument. Prenons le cas très souvent cité de la vitamine B12. L’expert va dire que le « principal intérêt de la viande est de fournir la vitamine B12 absente dans les végétaux ». Voilà ce qui ferait de la viande un aliment naturel dont il serait dangereux de se passer. Le problème est que l’expert oublie (volontairement ?) de dire que les animaux d’élevage sont eux aussi supplémentés en vitamines B12. De fait, cette vitamine n’est pas plus produite par les animaux qu’elle ne l’est par les plantes. Elle provient de bactéries, qui se développent en milieu naturel, et sont ingérées par les animaux qui y vivent. Mais comme elles ne se développent pas dans les bâtiments des élevages industriels, les volailles et les cochons qui y sont élevés sont systématiquement supplémentés en B12. Comme l’écrit un végétalien au fait de la question : « En somme : les végétariens prennent de la B12 fabriquée dans des usines et emballée dans des comprimés. Les personnes qui mangent de la viande […] prennent de la B12 fabriquée dans des usines et emballée dans des animaux [9]. » Ajoutons qu’il n’y a pas qu’en B12 que les animaux sont supplémentés : fer, zinc, iode, vitamine D, calcium, etc., tout y passe. Bref, pour le végétalien, affirmer que l’alimentation végétalienne provoque des carences relève soit de l’ignorance soit de la mauvaise foi.

L’être humain est omnivore
L’être humain est omnivore, c’est-à-dire qu’il mange de tout, en particulier de la viande, répètent souvent les carnistes. Ils en déduisent que l’alimentation carnée ne peut poser de problème moral puisqu’elle serait « naturelle » chez les êtres humains. Que répond le végétalien à cet argument ? Il peut commencer par rappeler que ce n’est pas parce que l’être humain mange, entre autres choses, de la viande, que l’on peut en déduire qu’il est « naturellement » omnivore. Cette alimentation pourrait en effet être uniquement une habitude culturelle, à laquelle l’organisme humain ne serait pas très bien adapté. Par exemple, beaucoup d’êtres humains fument des cigarettes et boivent de l’alcool. Ce n’est pas pour autant qu’ils sont « naturellement » fumeurs ou buveurs d’alcool. Certes, les êtres humains peuvent se nourrir quasi exclusivement de produits d’origine animale, comme le font les Inuits. Mais, assez flexibles en termes d’alimentation, ils peuvent également se passer de ces produits, comme l’existence des végétaliens en bonne santé le démontre de nos jours. Pour s’entendre sur le statut omnivore de l’être humain, il faudrait donc se référer à sa physiologie et à son anatomie, non à ses pratiques alimentaires.
L’être humain n’est manifestement pas un herbivore stricte, comme les ruminants (bovins, ovins, etc.) qui ont plusieurs estomacs pour assimiler les nutriments dont ils ont besoin. Il n’est pas non plus un carnivore, c’est-à-dire un animal adapté à la consommation presque exclusive de viande crue, puisqu’il n’en a pas les caractéristiques (longues dents pointues, mâchoire qui ne bouge que de haut en bas et très peu latéralement, petit intestin pour éliminer prestement une nourriture qui pourrit rapidement, etc.). Mais que dire de plus ? Pas grand chose, étant donné qu’il n’existe pas de critère précis pour classer un animal dans la catégorie des omnivores, si ce n’est son mode alimentaire. Le problème est que, comme on vient de le voir, celui-ci pourrait être avant tout culturel. Reste quand même que la physiologie et l’anatomie des êtres humains sont plus proches de celles des chimpanzés, qui sont des frugivores mangeant peu de viande crue, que de celles des ours bruns, plus carnassiers, que l’on peut considérer pour cette raison comme plus représentatifs des omnivores.
Que vaut donc cet argument inlassablement répété par les carnistes que l’être humain est fait pour manger de la viande ? Rien, dira le végétalien. Soit, se fondant sur la ressemblance avec les grands singes, il rejettera la thèse que l’être humain est un omnivore [10]. Soit, étant plus circonspect, il rétorquera que, même si on l’accepte, ce statut d’omnivore n’impose aucune contrainte : en raison de sa flexibilité, l’être humain peut facilement arrêter de manger des produits d’origine animale. Être omnivore est donc une question de choix, avec sa part de responsabilité morale, et non de nature.

C’est culturel
Autre argument : L’être humain a toujours mangé de la viande ; cela fait partie de la culture humaine ; il n’y a donc aucune raison d’arrêter. Pour remettre en cause un tel argument, un végétalien peut s’appuyer sur une réflexion bien connue du philosophe David Hume. Depuis son Traité de la nature humaine (1740), toute personne avisée sait en effet qu’un jugement de fait (l’homme a toujours mangé de la viande) n’implique pas un jugement de valeur (il est bien de manger de la viande). Ce n’est pas parce qu’on a toujours fait quelque chose que l’on doit continuer à le faire. Prenons l’esclavage. Cette pratique semble remonter à la nuit des temps. Est-ce pour autant qu’il ne fallait pas l’abolir ? Non, bien sûr, répondent les végétaliens et probablement les carnistes. Pourquoi donc le fait que l’alimentation carnée soit ancrée dans la culture lui donnerait-il une quelconque légitimité ?

L’hominisation s’est réalisée grâce à la viande
Voici maintenant un argument issu de l’anthropologie. Beaucoup de carnistes justifient leur alimentation en avançant que l’hominisation se serait réalisée grâce à la consommation de la viande. Cet argument repose sur le scénario suivant. Notre lointain ancêtre, l’australopithèque, semble avoir été un omnivore opportuniste, se nourrissant de fruits, de graines, de plantes et occasionnellement de viande provenant soit de petits animaux qu’il aurait attrapés soit de cadavres qu’il aurait trouvés. Difficile en effet de l’imaginer grand chasseur. Sa petite mâchoire, ses petites incisives et canines, ses molaires plates et son absence de griffe ne l’y prédisposaient pas. Mais, ainsi va le scénario, sa consommation de viande aurait beaucoup augmenté avec Homo habilis (vers 2,5 millions d’années), puis Homo erectus (vers 1,8 million d’années). Notre ancêtre, de petit charognard serait devenu chasseur. Commençant à tuer du plus gros gibier, il aurait consommé davantage de viande, ce qui aurait eu pour conséquence de favoriser le développement de son cerveau. Cette plus grande intelligence lui aurait permis d’améliorer ses techniques de chasse, notamment en développant la coopération avec ses pairs, et du coup sa vie sociale serait devenue plus complexe. Ce progrès des techniques de chasse lui aurait permis d’augmenter encore plus sa consommation de viande, et ainsi de suite.
Ce scénario est-il crédible ? Il n’est pas absurde, mais il fait l’objet de débats [11]. Par exemple, l’anthropologue Richard Wrangham défend la thèse que c’est moins la consommation de viande qui a engendré l’essor intellectuel des premiers humains que la maîtrise du feu [12]. Son argumentation part d’une donnée toute simple : la cuisson ramollit les aliments et augmente leur valeur nutritive. De multiples conséquences en découlent. Une nourriture cuite, comparée à une alimentation crue, ne demande pas une forte mâchoire et de grandes dents. Elle apporte davantage d’énergie à l’organisme. Ce surplus peut être utilisé par ce grand consommateur d’énergie qu’est le cerveau pour se développer. Elle demande également une moindre durée de mastication et libère du temps pour d’autres activités. Il aurait donc suffi, pour que le processus d’hominisation se mette en marche, que nos ancêtres découvrent de la nourriture accidentellement tombée dans un feu et que, sensible à cette aubaine, ils aient cherché à s’alimenter de la sorte pour que le processus d’hominisation se mette en route.
Autre scénario alternatif. Les anthropologues Donna Hart et Robert Sussman avancent que les premiers humains, avant d’être des chasseurs, étaient des proies [13]. Ce serait à partir de cette vulnérabilité que leur intelligence se serait développée. Comme on l’a déjà dit, les premiers humains étaient mal équipés pour être des prédateurs. Ils devaient donc être constamment sur leurs gardes pour échapper aux attaques des hyènes, des tigres aux dents de sabre, des reptiles en tout genre, etc. Bien plus faibles physiquement que ces bêtes féroces, seuls ceux qui surent s’organiser, monter la garde la nuit, apprendre à communiquer, etc., c’est-à-dire seuls ceux qui surent développer leur intelligence, réussirent à proliférer. Ce ne serait que bien plus tard, après Homo erectus, quand la taille du cerveau correspondait déjà à celle des hommes modernes, il y a environ 80 000 mille ans, qu’ils seraient devenus de grands chasseurs. Transformation qui serait donc bien postérieure au processus d’hominisation.
Entre ces scénarios, lequel choisir ? Beaucoup de carnistes, comme par hasard, vont préférer le premier et avoir tendance à passer sous silence les autres. Par exemple, pour la préhistorienne Marylène Patou-Mathis, il n’y a pas de doute à avoir : selon elle « Sans viande, pas d’humanité [14] ». Or non seulement cette chercheuse défend sans nuance ce qu’elle estime être un fait historique (la consommation de viande est le moteur de l’hominisation), mais elle en tire la conclusion qu’il faut continuer à manger de la viande. Regrettant le développement du végétarisme dans notre société, elle affirme en effet qu’il faut « renouer avec notre dimension naturelle, ancestrale, en mangeant de la viande ». Très en verve sur ce sujet, elle accuse même les végétariens de « nous rendre complètement schizophrènes et [de] nous conduire à poser des gestes pathologiques » en voulant « faire de la nature un monde culturel ». La réponse des végétaliens ne s’est pas fait attendre contre ce « pathétique sophisme naturaliste consistant à partir de ce qui est ou de ce qui a été pour déterminer ce qui devrait être [15] ». Notons que ce sophisme naturaliste, comme souvent, est très sélectif. De fait, dans le scénario défendu par Patou-Mathis, la viande n’est pas le seul moteur de l’évolution. Il y a aussi la chasse. Or jamais la préhistorienne ne dit qu’il faudrait que les êtres humains continuent à chasser. Ce qui suggère que, ce qu’elle défend, ce n’est pas une soi-disant nature humaine, mais son beefsteak.
De toute façon, le végétalien n’a que faire du scénario de l’hominisation. Même si ce processus était le résultat de la consommation de viande, rien n’obligerait à continuer dans cette voie. Contrairement à ce qu’affirment quelques défenseurs de la viande mal inspirés, ce n’est pas parce que cette denrée aurait permis au cerveau de se développer que l’arrêt de sa consommation entrainerait sa régression [16]. Tant que l’être humain peut consommer les nutriments dont il a besoin, que ce soit ou non à travers une alimentation à base de produits d’origine animale, il n’y a aucune raison que la taille de son cerveau diminue pour des raisons nutritives. Pour le végétalien, cet argument de l’hominisation n’a donc aucune valeur. Il est juste symptomatique, une fois de plus, du manque de réflexion et de la mauvaise foi des carnistes.

Le cri de la carotte
C’est maintenant aux plantes d’entrer en scène. Les carnistes sous-entendent souvent que les végétaliens seraient incohérents puisqu’ils les feraient souffrir en les arrachant ou en les coupant pour les consommer. Il faut reconnaître que les plantes sont des organismes bien plus complexes qu’on ne le pensait il y a quelques dizaines d’années encore. D’une certaine manière, elles peuvent voir, sentir, se défendre contre des parasites ou envoyer des signaux aux plantes voisines [17]. Mais ces caractéristiques n’impliquent pas la présence d’une conscience. Il y a en effet de nombreux processus vitaux qui se font sans conscience, même chez les animaux (pensez à la digestion, par exemple, ou à la vie d’un animal plongé dans le coma). Qui plus est, pour qu’il y ait souffrance, il faut qu’il y ait non seulement une conscience, mais également un individu à même d’éprouver cette souffrance. Or, les plantes n’ont pas de système nerveux central et chaque partie est relativement autonome vis-à-vis des autres. Cette caractéristique, qui rend possible les boutures, souligne le caractère problématique de toute notion d’individualité. Quand une feuille est arrachée d’un arbre, quelle partie souffrirait ? La feuille ? La branche ? Le tronc ? Les racines ? Bref, il est difficile de voir dans une plante un individu qui serait le sujet d’une souffrance » [18].
Cela dit, même si les plantes souffraient, le reproche des carnistes n’est pas très clair. Considèrent-ils qu’il faudrait prendre en compte la souffrance des plantes ? Ce n’est jamais ce qu’ils proposent. Pourquoi donc portent-ils cette accusation ? Raisonnent-ils en termes de tout ou rien ? Sont-ils en train de dire que, puisque tout ce qui vit est capable de souffrir, il n’y a pas à considérer la souffrance des êtres vivants ? Ce serait absurde. Vont-ils laisser un enfant souffrir parce que les plantes souffrent ? Non, bien sûr, du moins on l’espère. De tout façon, si les carnistes se souciaient sincèrement des plantes, ils comprendraient rapidement que leur argument se retourne contre eux. De quoi se nourrissent en effet les animaux de rente ? De plantes, bien sûr. Les carnistes seraient donc responsables, non seulement de la souffrance des bêtes qu’ils mangent, mais également de la souffrance des plantes qui ont servi à alimenter ces bêtes. Bref, les carnistes feraient bien plus souffrir d’êtres sensibles que les végétaliens qui se contentent de manger les plantes directement. En somme, même dans le cas où les plantes seraient capables de souffrir, ce serait les végétaliens qui minimiseraient la souffrance des êtres sensibles. L’absurdité de cet argument du « cri de la carotte », amène donc les végétaliens à considérer que les carnistes qui l’utilisent « sont de la plus parfaite mauvaise foi, et ne font semblant de s’intéresser au sort des plantes que pour mieux continuer à mépriser celui des animaux [19] ».

C’est trop bon
Enfin, dernier argument choc. Quand le carniste, à court d’argument, est confronté à l’idée qu’il devrait arrêter de consommer de la viande pour des raisons éthiques, il met en avant la difficulté que représenterait un tel changement de comportement puisque, selon lui, « la viande, c’est trop bon ! ». L’argument revient à dire que le plaisir apporté par l’alimentation carnée justifie la maltraitance et la mise à mort d’animaux. Exprimé sous cette forme, l’argument fait un peu cri du cœur, ou plutôt du ventre, d’un carniste qui n’a pas réfléchi au problème éthique que pose la consommation de viande.
Sous un vernis plus sophistiqué, on retrouve cet argument chez le philosophe Dominique Lestel. Dans son livre, Apologie du carnivore (Fayard, 2011), il affirme en effet que la souffrance des animaux sert à apporter du plaisir au carnivore. À partir de cette remarque, Lestel se permet de reprocher aux végétaliens de prétendre lutter contre la souffrance infligée sans nécessité à des êtres sensibles et pourtant de vouloir faire souffrir les carnistes en les privant de viande. Pour un végétalien, cet argument est absurde. Pour le montrer, il recourt par exemple à l’analogie du viol. Ne faudrait-il pas autoriser le viol, sinon les violeurs potentiels risquent de souffrir en étant privés de plaisirs sexuels [20] ? Nul besoin d’épiloguer : la légitimité d’un comportement ne peut provenir uniquement du plaisir qu’il apporte, aussi intense soit-il. Bref, avant de passer à table, le végétalien invite tout le monde à réfléchir à la dimension éthique de ses habitudes culinaires.

Notes :
[1] Expression inventée par Mélanie Joy (« From Carnivore to Carnist », Satya Magazine, 2001), pour souligner la dimension idéologique de cette pratique.
[2] Ce processus de déni suscité par le conflit entre les convictions morales (il ne faut pas faire souffrir des êtres sensibles sans nécessité) et le désir de manger de la viande est mis en évidence par Brock Bastian et al., « Don’t mind meat ? The denial of mind to animals used for human consumption », Personality and Social Psychology Bulletin, 38, 2012.
[3] Je ne suis bien sûr pas le premier à pratiquer cet exercice. Pour ne pas citer une longue liste de textes qui déconstruisent les arguments anti-végétaliens, mentionnons simplement l’article de Estiva Reus, « J’aime trop la viande » (accessible sur http://www.coriandre.org/crbst_20.html).
[4] Pour réaliser comment ce genre d’argument sert à dédouaner la filière viande de tout problème éthique, il suffit de lire René Laporte et Pascal Mainsant, La Viande voit rouge, Fayard, 2012.
[5] Par exemple, Jean-Luc Daub, Ces bêtes qu’on abat, L’Harmattan, 2009.
[6] Léon Guéguen, « Omnivore, végétarien, végétalien ? », Science & pseudo-sciences, 283, octobre 2008.
[7] Étude de l’« Association américaine de diététique », « Vegetarian diets », Journal of the American Dietetic Association, 2009, 109 (7).
[8] Par exemple, Colin Campbell et Thomas Campbell, Le Rapport Campbell, Ariane Éditions, 2008.
[9] David Olivier, « Les animaux emballages », Cahiers antispécistes, 34, janvier 2012.
[10] Pour une critique du statut d’omnivore de l’être humain, voir Gary Yourofsky, « Humans are herbivores », sur http://www.adaptt.org/veganism.html.
[11] Voir, par exemple, Michael Eisenstein, « The first supper », Nature, 468, décembre 2010.
[12] Richard Wrangham, Catching Fire. How Cooking Made Us Human, Profile Books, 2009.
[13] Donna Hart et Robert Sussman, Man the Hunted. Primates, Predators, and Human Evolution, Westview Press Inc., 2008.
[14] Marylène Patou-Mathis, « L’entrevue : Sans viande, pas d’humanité », Le Devoir. Libre de penser, 13 juillet 2009.
[15] Voir, par exemple, Valéry Giroux, « Sans viande, toute notre sensibilité », Le Devoir. Libre de penser, 15 juillet 2009.
[16] Sans avancer le moindre argument, c’est pourtant ce qu’affirment René Laporte et Pascal Mainsant dans leur livre, La Viande voit rouge, op. cit.
[17] Daniel Chamovitz, What a Plant Knows, Farrar, Straus and Giroux, 2012.
[18] Yves Bonnardel, « Quelques réflexions au sujet de la sensibilité que certains attribuent aux plantes », Les Cahiers antispécistes, 5, 1992.
[19] Yves Bonnardel, ibid.
[20] Pierre Sigler, « Apologie de la mauvaise foi », Les Cahiers antispécistes, 34, janvier 2012.

2. « De l’animal à la viande, de l’homme à la machine : le démantèlement des êtres dans les abattoirs industriels. À propos du film Entrée du personnel. », Sens-Dessous n° 13 : Le propre, janvier 2014

Cela fait une quinzaine d’années que la question des conditions d’élevage oriente les recherches de Manuela Frésil. En 2000, Notre campagne tente de démystifier la vie paysanne. En 2003, Si loin des bêtes expose les contradictions de l’élevage industriel. Enfin, en 2008, Manuela Frésil écrit le scénario du projet Abattoir, une pièce d’Anne Thiéron. Le texte devient en 2011, Entrée du personnel. Grand prix de la compétition française du FID Marseille, ce documentaire achève ce cycle autour des conditions de travail et des conditions d’élevage animal.

Sens-Dessous – Les conditions de travail dans les abattoirs sontelles plus difficiles dans le secteur « sale », où les bêtes sont abattues, que dans le « propre », où la viande est conditionnée ?
Manuela Frésil – À dire vrai, cela dépend du type de bêtes. En effet, s’il s’agit de bêtes auxquelles on refuse le statut d’animal, comme la volaille, la rupture hygiéniste n’a pas vraiment d’incidence sur les conditions de travail. Elles sont alors également contraignantes quel que soit le secteur, et les cadences sont identiques. Qu’il s’agisse de cailles, poulets ou dindes, le geste technique est simple et les animaux ne sont conçus que comme des produits. On ne leur reconnaît à aucun moment de qualité propre et singulière. La séparation – secteur propre et secteur sale – n’est opératoire que du point de vue strict de l’hygiène. Car les volailles sont rabattues au rang de quelconques produits industriels. Par contre le secteur sale prend toute sa dimension quand on monte en gamme de produits. C’est-à-dire que plus l’animal est reconnu comme tel et plus sa mise à mort demande du métier.

S.-D. – Peut-on parler de « sale boulot » ?
M. F. – Il faut différencier les ouvriers des abattoirs et les éleveurs. Les premiers disent que leurs conditions de travail sont très éprouvantes mais ils ne qualifient pas leurs tâches de « sales ». Alors que les éleveurs de poulets bas de gamme trouvent les élevages très sales et à ce titre, cauchemardesques. Dans mon film précédent, un éleveur de poulet industriel faisait, à ce sujet, un témoignage intéressant : il disait se rendre dans son élevage une seule fois par jour, faire le minimum et ne pouvoir le supporter que 10 minutes.

S.-D. – Ce malaise est-il lié aux transformations des conditions d’abattage et aux difficultés pour les éleveurs d’y mettre du sens ?
M. F. – Ce désarroi témoigne en effet d’une perte de sens. Mais aussi tout simplement ce malaise est dû au fait que les bâtiments d’élevage à volailles sont vraiment des endroits très sales. C’est infâme. Comme le dit Jocelyne Porcher, les éleveurs sont conscients que c’est un travail de tortionnaire. Par contre, le travail manque véritablement de sens pour les ouvriers des abattoirs. Les éleveurs sont bien plus conscients des conséquences sociales et éthiques de ce qu’ils font. Cela tient en partie au fait qu’ils sont leurs propres patrons et non pas salariés.

S.-D. – A quoi correspondent alors les contraintes relatives à l’hygiène ?
M. F. – On utilise un système hygiéniste pour changer l’organisation du travail. Je suppose que cela est pensé en tant que tel. Mais je n’ai pas pu en discuter avec les patrons des abattoirs lors de la réalisation de mon documentaire. Cependant il apparaît clairement que les contraintes relatives à l’hygiène participent à la structuration du temps de travail. La sociologue Marlène Banquet1 le montre bien dans ses analyses qui portent sur le monde de la grande distribution. Ses enquêtes se fondent à la fois sur les témoignages des caissières, des patrons, des syndicalistes et sur sa propre expérience comme caissière, puis en tant que stagiaire au service des ressources humaines d’un grand groupe de distribution et à la direction du syndicat FO. Elle décrit un système de communication assez cynique où les responsables doivent par exemple faire admettre aux employés.

S.-D. – L’organisation du travail aboutit à une nouvelle appréhension de la classe ouvrière ?
M. F. – Dans les abattoirs, il est certain que les travailleurs ne sont plus du tout conscients d’appartenir à la classe ouvrière. Ce sont des opérateurs. Alors que la filière agroalimentaire est la 2e industrie française2. Les travailleurs de ce secteur n’ont pas conscience d’appartenir à un corps, ils se pensent « nulle part » sans « rien » à raconter. Leurs expériences ne leur semblent pas communes. En ayant vu le film certains ouvriers nous ont dit qu’enfin ils pouvaient se représenter ce qu’ils vivaient.

S.-D. – Vous avez perçu le travail dans les abattoirs comme une expression de la condition ouvrière ?
M. F. – J’ai tendance à le prendre comme cela. Mais à force de montrer le film, je me suis aperçue que c’était dû en partie au fait que je ne voyais plus les animaux. Pour filmer les abattoirs, j’ai finalement fait appel aux mêmes stratégies de résistances que les ouvriers. Il est vrai que la première fois, je n’ai pas pu manger de viande pendant un moment, pas même du poisson. Puis, je me suis protégée en plaçant les animaux dans des représentations non animales. Je vois bien, par exemple, que les gens qui regardent le film, sont d’abord marqués par l’amoncellement des morceaux de viande dans le premier travelling. J’ai dû le voir aussi, bien sûr, mais à présent ce plan ne me « fait plus rien ».

S.-D. – L’animal est donc chosifié ?
M. F. – La seule façon de tenir est de rabattre l’animal au rang d’objet. L’animal est de la matière première comme une autre, la viande un produit manufacturé comme un autre. D’ailleurs, le taylorisme serait né en partie dans les abattoirs de Chicago. Il semblerait que ce soit l’idée de démonter une bête qui va donner l’idée de remonter une machine. Plus profondément, l’abattoir industriel est la consécration, l’aboutissement industriel du concept d’animal-machine. Ce qui échappe à cette raison technicienne, ce qui demeure en deçà de cette rationalité n’existe que dans l’inconscient des travailleurs. Par exemple, beaucoup d’ouvriers font des cauchemars (comme ce monsieur qui raconte qu’il rêve qu’il est poursuivi par un troupeau de vaches) ou se plaignent de troubles physiques par lesquels, sans doute, ils expriment un malaise plus métaphysique.

S.-D. – Peut-on parler de négation de la pensée ?
M. F. – Au cours des débats qui ont suivi les présentations du film, nous avons eu assez souvent à recueillir les témoignages de spécialistes de la psycho dynamique du travail, des ergonomes par exemple. En général ils décrivent deux manières de résister à cette répétition absurde des gestes. La première consiste en la tentative de s’abstraire au maximum de la tâche. Les ouvriers disent alors : « je ne sais pas à quoi j’ai pensé de la journée ». C’est sans doute le cas de cette jeune femme sur laquelle s’attarde la caméra : elle met très vite les ficelles aux croupions des poulets et semble complètement « ailleurs », elle fait des gestes très rapides dans une espèce de « blanc total ». La deuxième forme de résistance consiste en la tentative de rationaliser et de penser, de faire un récit de ce qui arrive. Il s’agit de résister à une injonction contradictoire, faire des gestes comme « un robot » en restant une personne humaine. Car être « presque robot », c’est encore être humain et c’est cette ressource « humaine » qui permet aux usines de fonctionner. Sans elle, il y aurait une « suradaptation » aux tâches et, au bout de cinq minutes, tout tomberait en panne.

S.-D. – Dans le film, on a le sentiment que les ouvriers sont assez lucides sur leurs conditions de travail.
M. F. – Je n’ai pu parler qu’à des gens qui avaient le désir de raconter ce qu’ils vivaient, puisque par définition les autres ne parlent pas. Dans les débats, ceux qui prennent la parole et qui travaillent dans les abattoirs sont aussi des gens extrêmement conscients de ce qui est en train de se passer. Le film fabrique alors un peu de collectif et c’est satisfaisant.

S.-D. – Avez-vous ressenti chez les ouvriers, le sentiment d’une appartenance à un destin collectif ?
M. F. – J’ai longtemps dit : il n’y a pas de collectif. Mais, en fait, il y en a toujours. Toutefois, il se révèle dans la lutte et prend la forme de la nostalgie. On partage le même sort surtout devant l’emploi que l’on risque de perdre. Un peu comme les anciens mineurs qui déclaraient à la fermeture des mines : « ah, comme c’était beau la mine ! ». En fait, la mine était cauchemardesque. Mais une fois que s’est fini, on reconstruit…

S.-D. – N’existe-t-il pas un sort partagé entre les ouvriers et les bêtes qu’ils tuent ?
M. F. – Un des témoignages troublants du film Entrée du personnel est celui d’un monsieur très expérimenté. Il espérait vivre deux ans après la retraite. Il tuait les cochons. Il disait la chose suivante, qui sur le coup m’avait tant choquée que je pensais avoir mal entendu : « c’est comme des humains ». Il expliquait que chaque cochon avait sa réaction particulière. En tant que tueur, il allait tuer un cochon toutes les 3 secondes et demie et n’avait pas le temps de penser à la mort de chaque animal. Mais, en même temps, au poste qu’il occupait, il était forcé d’anticiper la réaction de chacun d’eux. S’il faisait mal son geste, le cochon allait se défendre or il ne fallait pas que le sang gicle. Et, au cours du même entretien, il disait qu’il fallait autour de trois mois pour s’habituer, pour que le geste soit automatique jusqu’à, disait-il, ce que « je devienne un robot ». Dans son propos, tout semblait confondu : le cochon, l’humain et le robot.

S.-D. – Devenir « robot » c’est un peu comme devenir « cochon », non ?
M. F. – A ce sujet, Temple Grandin a développé pour l’industrie américaine tout un système de gestion des vaches pour réduire leur stress avant l’abattage. Elle dit pouvoir se mettre à la place des vaches et ressentir les objets, les bruits, les attitudes qui effraient les bêtes. C’est forte de ces expériences qu’elle développe des enclos bien mieux adaptés aux bovidés. En somme, c’est en étant elle-même une vache ou tout au moins comme elle le dit « une interprète » des vaches, qu’elle peut donner à l’industrie les clés qui permettront aux animaux de se rendre à l’abattoir dans les meilleures conditions possibles.

S.-D. – Ce rapport à l’animal ajoute aux difficultés des conditions de travail ?
M. F. – Celui qui tue la bête vivante donne encore du sens à son geste. Et paradoxalement, je trouve que c’est moins difficile d’être à ce poste dans l’abattoir. Alors que dans le « secteur

S.-D. – Les troubles corporels ne témoignent-ils pas d’une proximité entre le sort des bêtes et celui des hommes ?
M. F. – De toute façon, ils sont désosseurs et ils ont des maladies musculo-squelettiques4. Le parallèle est troublant ; ces maladies existent dans toute l’industrie mais pas à ce niveau-là.

S.-D. – Dans votre film, une scène est assez singulière : celle où vous faites mimer aux ouvriers les gestes qu’ils répètent à l’abattoir, mais en dehors des murs de l’usine et sans animaux…
M. F. – Il s’agissait d’ouvriers dans la filière bovine. Je leur ai demandé de bien vouloir refaire les gestes de découpe devant leur usine. Ils pouvaient refaire les gestes sans l’animal. La machine corporelle les a complètement intégrés. Du coup cela ressemblait à une danse dont la grâce n’était pas absente. Cette beauté, liée à la maîtrise des gestes, est complètement niée dans le processus de production.

S.-D. – Que reste-il de proprement animal dans les abattoirs que vous avez filmés ?
M. F. – Ce qui est proprement humain comme ce qui est proprement animal, disparaît. Il ne reste plus que la robotique et encore, cela ne marche pas. Notamment, dans le secteur propre, l’animal a disparu : il n’y a plus ni sang, ni odeur, ni os, ni tendons. D’ailleurs, la filière viande a bien compris. On ne montre plus la bête.

S.-D. – Que pensez-vous des recherches actuelles autour de la viande cultivée ou synthétique ?
M. F. – L’industrie alimentaire propose en effet cette solution innovante et de son point de vue absolument convaincante. La viande synthétique est une issue formidable. On ne tuera plus d’animaux, on résoudra les problèmes liés à la pollution et ceux posés par les conditions de travail. Enfin, la fin des souffrances animales dans les élevages justifiera, dans les médias de masse, la consommation de cette viande. On aura donc d’un côté des animaux et de l’autre de la viande animale désormais absolument séparés. Il demeure un problème technique qui est celui du goût, car il faut que symboliquement cela reste de la viande. Enfin, ce sera une solution pour séparer la viande bas de gamme et la viande de luxe qui elle, sera issue d’animaux ayant été élevés dans de bonnes conditions. Personnellement c’est sûr : je n’en mangerai pas, j’aurai vraiment le sentiment d’être de la viande morte, contaminée par ces cellules. Je suis très opposée à cette idée. Elle est l’aboutissement absolu du cynisme de l’industrie agro-alimentaire.

 

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