Pourquoi des interdits ?

Publié: 11 mai 2016 dans A1 - Thèmes Philosophiques

Petit recueil de textes pour quelques pistes de réflexions.

1. 
Claude Lévi-Strauss, Les Structures élémentaires de la parenté (1947), Mouton, 1967, p. 10.
« Posons donc que tout ce qui est universel, chez l’homme, relève de l’ordre de la nature et se caractérise par la spontanéité, que tout ce qui est astreint à une norme appartient à la culture et présente les attributs du relatif et du particulier. Nous nous trouvons alors confrontés avec un fait, ou plutôt un ensemble de faits, qui n’est pas loin, à la lumière des définitions précédentes, d’apparaître comme un scandale : nous voulons dire cet ensemble complexe de croyances, de coutumes, de stipulations et d’institutions que l’on désigne sommairement sous le nom de prohibition de l’inceste. Car la prohibition de l’inceste présente, sans la moindre équivoque, et indissolublement réunis, les deux caractères où nous avons reconnu les attributs contradictoires de deux ordres exclusifs : elle constitue une règle, mais une règle qui, seule entre toutes les règles sociales, possède en même temps un caractère d’universalité. Que la prohibition de l’inceste constitue une règle n’a guère besoin d’être démontré ; il suffira de rappeler que l’interdiction du mariage entre proches parents peut avoir un champ d’application variable selon la façon dont chaque groupe définit ce qu’il entend par proche parent ; mais que cette interdiction, sanctionnée par des pénalités sans doute variables, et pouvant aller de l’exécution immédiate des coupables à la réprobation diffuse, parfois seulement à la moquerie, est toujours présente dans n’importe quel groupe social. »

2. Dominique Ginet, La portée structurante de l’interdit. Éléments pour une « clinique » de l’autorité, Revue Tréma, n°27, 2007, p. 47-55.
I. Introduction
1.
  Cette « crise » actuelle de l’autorité, l’on ne s’étonnera pas d’en voir apparaître les symptômes essentiellement dans les espaces de rencontre entre les générations, au sein des familles, d’abord, mais surtout dans l’École. Et, en dépit de son aspect protéiforme, une telle crise désigne ce qui est de l’ordre d’un refus, d’une récusation, voire d’une invalidation de l’autorité de l’adulte, de l’aîné, de l’enseignant … Ce qui serait aujourd’hui rejeté, c’est cette parole qui fixe une limite. Ce qui paraît mis à mal, c’est le « cadre » de travail de l’École. Ce qui est subverti, c’est la mise en rôle respective qu’implique l’organisation scolaire. Ce qui semble voué désormais à l’insignifiance, ce serait le sens même de l’École, la transmission du Savoir, l’acquisition des connaissances.II. « Jongler avec les interdits » ?
2.  Un exemple récent ? Cette rencontre avec l’équipe pédagogique d’une classe de 4e, dans un collège de la banlieue lyonnaise. Des enseignants qui semblent soulagés d’être – enfin – entendus par un tiers, externe à l’établissement, et qui me confient : « Dès le départ, ça a été difficile avec cette classe, c’est parti très vite à la dérive… Ils ont des comportements incompatibles avec un cours, ils sont violents, dispersés, bruyants, n’arrêtent pas de se lever ; sur une heure, on ne peut faire que dix minutes de cours normal … Sur eux, nous n’avons pas de prise, nous n’avons aucune ficelle à tirer ! Individuellement, ils sont charmants, dès qu’ils sont en groupe, tout est annulé … Ce sont des gouffres d’ignorance, et pourtant, ils sabotent tout. Nous nous sentons harcelés, ça nous gâche la vie ; ils jonglent avec les interdits1. Face à eux, c’est comme si nous, les profs, nous n’existions pas. Et ils montent des cabales contre nous… Et leurs parents, quant à eux, sont complètement démunis… ».
[…]
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3. Solange Lefebvre, Théologie pratique et questions de transmission, « Pensée plurielle », n° 11, 2006/1, p. 43-60.
Résumé : Cet article réfléchit sur la transmission comme défi central et transversal de la théologie pratique. Certaines controverses multidisciplinaires concernant la transmission y sont examinées, dans le but de dégager des pistes qui permettraient de réfléchir de façon féconde en théologie. Il s’agit de reprendre à nouveaux frais la question de la transmission, assez disqualifiée dans les milieux théologiques et pastoraux présentement, au nom des défis d’une « nouvelle évangélisation », d’une catéchèse de la proposition, ou de la vision de l’éducation de la foi comme accompagnement, communication, etc. Certes pertinents, ces discours, réflexions et pratiques gagneraient, nous semble-t-il, à ne pas purement et simplement reléguer le concept de transmission dans une logique de reproduction ou de relation enseignant-enseigné.
Dans cet article, nous réfléchissons sur la transmission comme défi central de la théologie pratique. Certaines controverses concernant la transmission y seront examinées, dans le but de dégager des pistes qui permettraient d’y réfléchir de façon féconde en théologie. Il nous paraît en effet que la question de la transmission est transversale : elle renvoie à des défis catéchétiques permanents pour la foi chrétienne et à des débats fondamentaux sur la culture, à laquelle appartient la dimension religieuse ; elle se répercute aussi dans la majeure partie des défis auxquels font face actuellement les divers champs de la théologie pratique, notamment la relève dans les communautés chrétiennes ou les groupes de chrétiens engagés socialement. Il ne s’agit toutefois pas de proposer des pistes d’intervention, mais plutôt de reprendre à nouveaux frais la question de la transmission, assez disqualifiée dans les milieux théologiques et pastoraux présentement, au nom des défis d’une « nouvelle évangélisation », d’une catéchèse de la proposition, ou de la vision de l’éducation de la foi comme accompagnement ou communication. Certes pertinents, ces discours, réflexions et pratiques gagneraient, nous semble-t-il, à ne pas purement et simplement reléguer le concept de transmission à une logique de reproduction ou de relation enseignant-enseigné.
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4. Isabelle Bouard, Regard anthropologique sur les interdits alimentaires, « Les Cahiers Dynamiques », n° 33, 2005, p. 25-26.
Le dégoût est individuel. Le tabou alimentaire est lui collectif, dans un monde ordonnancé où ont trouvé place le bon et le mauvais, le pur et l’impur, le licite et l’illicite… Ethnologue, Isabelle Bouard revient sur les fondements anthropologiques des interdits alimentaires, notamment du porc, loin des conceptions hygiéniste et écologiste. Explications.

« Le comestible n’est pas toujours consommable », écrit l’anthropologue Jean Pouillon à propos du cannibalisme, montrant qu’en aucun cas, là où l’anthropophagie a pu exister, cette consommation particulière ne s’est exercée envers toutes les chairs humaines disponibles. Dans certaines sociétés, on mangeait ceux du groupe auquel on appartenait à l’exclusion de ses père et mère, fils et filles, tandis que dans d’autres, on consommait exclusivement les autres, étrangers à son groupe ethnique.
[…]
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