La pudeur

Publié: 12 novembre 2016 dans A1 - Thèmes Philosophiques

Un petit texte très classique…

1. Genèse, Chapitre 3
Tous les deux, l’homme et sa femme, étaient nus, et ils n’en éprouvaient aucune honte l’un devant l’autre. Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que le Seigneur Dieu avait faits. Il dit à la femme : « Alors, Dieu vous a vraiment dit : “Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin” ? » La femme répondit au serpent : « Nous mangeons les fruits des arbres du jardin.
Mais, pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : “Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez.” »
Le serpent dit à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence. Elle prit de son fruit, et en mangea. Elle en donna aussi à son mari, et il en mangea.
Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus. Ils attachèrent les unes aux autres des feuilles de figuier, et ils s’en firent des pagnes.
Ils entendirent la voix du Seigneur Dieu qui se promenait dans le jardin à la brise du jour. L’homme et sa femme allèrent se cacher aux regards du Seigneur Dieu parmi les arbres du jardin. Le Seigneur Dieu appela l’homme et lui dit : « Où es-tu donc ? »
Il répondit : « J’ai entendu ta voix dans le jardin, j’ai pris peur parce que je suis nu, et je me suis caché. » Le Seigneur reprit : « Qui donc t’a dit que tu étais nu ? Aurais-tu mangé de l’arbre dont je t’avais interdit de manger ? » L’homme répondit : « La femme que tu m’as donnée, c’est elle qui m’a donné du fruit de l’arbre, et j’en ai mangé. » Le Seigneur Dieu dit à la femme : « Qu’as-tu fait là ? » La femme répondit : « Le serpent m’a trompée, et j’ai mangé. » Alors le Seigneur Dieu dit au serpent : « Parce que tu as fait cela, tu seras maudit parmi tous les animaux et toutes les bêtes des champs. Tu ramperas sur le ventre et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie. Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance : celle-ci te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon. »
Le Seigneur Dieu dit ensuite à la femme : « Je multiplierai la peine de tes grossesses ; c’est dans la peine que tu enfanteras des fils. Ton désir te portera vers ton mari, et celui-ci dominera sur toi. »
Il dit enfin à l’homme : « Parce que tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé le fruit de l’arbre que je t’avais interdit de manger : maudit soit le sol à cause de toi ! C’est dans la peine que tu en tireras ta nourriture, tous les jours de ta vie.
De lui-même, il te donnera épines et chardons, mais tu auras ta nourriture en cultivant les champs. C’est à la sueur de ton visage que tu gagneras ton pain, jusqu’à ce que tu retournes à la terre dont tu proviens ; car tu es poussière, et à la poussière tu retourneras. » L’homme appela sa femme Ève (c’est-à-dire : la vivante), parce qu’elle fut la mère de tous les vivants. Le Seigneur Dieu fit à l’homme et à sa femme des tuniques de peau et les en revêtit.
Puis le Seigneur Dieu déclara : « Voilà que l’homme est devenu comme l’un de nous par la connaissance du bien et du mal ! Maintenant, ne permettons pas qu’il avance la main, qu’il cueille aussi le fruit de l’arbre de vie, qu’il en mange et vive éternellement ! » Alors le Seigneur Dieu le renvoya du jardin d’Éden, pour qu’il travaille la terre d’où il avait été tiré. Il expulsa l’homme, et il posta, à l’orient du jardin d’Éden, les Kéroubim, armés d’un glaive fulgurant, pour garder l’accès de l’arbre de vie.

… et quelques citations.

1. 
Étienne Rey
Les femmes attachent de l’importance à la pudeur physique pour avoir moins à se soucier de la pudeur morale.

2. Friedrich Nietzsche, Par-delà le Bien et le Mal
Les poètes n’ont pas la pudeur de ce qu’ils vivent : ils l’exploitent.

3. Maurice Debroka
La pudeur est la conception la plus raffinée du vice. Elle parachève l’hypocrisie des sentiments.

4. Stendhal, De l’amour
L’inconvénient de la pudeur, c’est qu’elle jette sans cesse dans le mensonge.

5. Montesquieu
La pudeur sied bien à tout le monde ; mais il faut savoir la vaincre et jamais ne la perdre.

6. Jean-Jacques Rousseau
Les femmes sauvages n’ont pas de pudeur, car elles vont nues. Je réponds que les nôtres en ont encore moins : car elles s’habillent.

7. Chamfort, Maximes et pensées
L’indécence, le défaut de pudeur sont absurdes dans tout système : dans la philosophie qui jouit, comme dans celle qui s’abstient.

8. Cicéron
Dans nos mœurs, un beau-père ne se baigne point avec son gendre, ni un père avec son fils, dès qu’il est sorti de l’enfance. On ne saurait assez se conformer à ces règles de pudeur, surtout lorsque c’est la nature qui les a faites.

9. Honoré de Balzac, La comédie humaine
La pudeur est une vertu relative : il y a celle de vingt ans, celle de trente ans, celle de quarante-cinq ans.

10. Georges Courteline
La vraie pudeur est de cacher ce qui n’est pas beau à voir.

11. Charles Dollfus
La pudeur et la timidité n’ont qu’une ressemblance extérieure, on est quelques fois timide par manque de pudeur.

12. Georges Bataille, L’érotisme
C’est de la nudité que, du fait d’un glissement, parle la genèse, liant au passage de l’animal à l’homme la naissance de la pudeur, qui n’est, en d’autres mots, que le sentiment de l’obscénité.

13. Amin Maalouf, Origines
La vérité est rarement enterrée, elle est juste embusquée derrière des voiles de pudeur, de douleur ou d’indifférence ; encore faut-il que l’on désire passionnément écarter ces voiles.

14. Anne Barratin, De vous à moi
La pudeur s’atténue avec l’âge, comme la timidité, mais où elle a régné, elle laisse la délicatesse.

15. M. Agrieev, Roman et cocaïne
L’attrait principal et ardent de la dépravation humaine est la violation de la pudeur, et non son absence.

16. Jean de La Fontaine, Fables, Les deux amis
Qu’un ami véritable est une douce chose
Il cherche vos besoins au fond de votre coeur
Il vous épargne la pudeur
De les lui découvrir vous-même.

17. Novalis, Semences
La pudeur est certainement le sentiment d’une profanation. L’amitié, l’amour, la piété devraient être traités avec mystère. On devrait ne parler de cela que dans les moments intimes et rares, et se comprendre dans le silence. Bien des choses sont trop délicates pour qu’on les pense, bien plus encore pour qu’on en parle.

18. Woody Allen
Nous vivons une société beaucoup trop permissive. Jamais encore la pornographie ne s’était étalée avec une telle impudeur. Et en plus, les films sont flous !

19. Emmanuel Coke
Devenir cynique, voilà le comble de la pudeur.

 

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