Archives de 6 avril 2017

L’édito

Publié: 6 avril 2017 dans N19. Urgence, S-D 19

Burn-out
par Nadia Taïbi

« Vous êtes des putains de fucking vendeurs ! » hurle Cédric petit chef d’une plateforme téléphonique d’un service après-vente.
Le film Carole Mathieu [1] s’ouvre sur cette scène. On y découvre le quotidien d’un médecin du travail confronté à une organisation managériale particulièrement agressive. Chaque appel est chronométré, l’exécution des tâches répond seconde après seconde à un protocole dont la seule fonction est de « gagner du temps ». L’urgence recouvre toute signification. Tout est : urgent. Et rien ne fait plus de différence.
Étrange état, état d’urgence sur lequel revient aussi Pascal Chaumeil dans son film Un petit boulot. Romain Duris campe un chômeur de longue durée dans une petite ville belge frappée par la fermeture récente d’une usine dans laquelle de nombreux habitants travaillaient. Face à la situation désastreuse de ses finances il accepte sans trop de difficulté de devenir tueur à gage.
L’état d’urgence définit donc un état de panique où « sauve qui peut » est la seule attitude raisonnable quitte à faire n’importe quoi. À force d’être dans cet état, on se trouve comme en guerre quand comme le dit Wajdi Mouawad [2] : « on ne sait plus qui tire sur qui ni pourquoi ».
En France, l’état d’urgence a été décrété le soir du 13 novembre 2015. Cela fait donc 14 mois.
« Et faites gaffe : j’ai mis la main sur mon flingue ! [3] ».


[1] Carole Matthieu de Louis-Julien Petit qui a été d’abord diffusé sur Arte le 20 novembre 2016 puis le 7 décembre en salles. Il est l’adaptation du roman Les Visages écrasés de Marin Ledun.
[2] Incendies, Actes Sud-Papiers, Paris, 2003.
[3] Renaud, Où c’est qu’j’ai mis mon flingue ? Extrait de l’album Marche à l’ombre sorti en février 1980 sous le label Polydor.

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Le burn-out du médecin soignant
par Michel Delbrouk

Le soignant, candidat au burn-out, est souvent très compétent et passionné par son travail. Il possède par ailleurs un sens aigu des responsabilités. Son parcours professionnel commence souvent par un enthousiasme idéaliste et une sur-identification à la problématique de ses patients. Suite à cette ardeur au travail et à un certain perfectionnisme, [il] dépense, la plupart du temps, une énergie excessive et dès lors inefficace…

1. Bref rappel de la définition du burn-out
Ce syndrome comprend un trépied de symptômes :
1. Épuisement émotionnel : 50 %
2. Déshumanisation de la relation à l’Autre : 16 %
3. Sentiment d’échec professionnel : 2 %

1.1 L’épuisement émotionnel ou stade 1
Ce premier item du trépied du syndrome d’épuisement professionnel se manifeste par divers symptômes. Le soignant présente des crises d’énervement et de colère ainsi que certaines difficultés d’ordre cognitif comme de la distraction et des difficultés à s’organiser et à

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L’urgence climatique

Publié: 6 avril 2017 dans N19. Urgence, S-D 19

L’urgence climatique
par Bernard Perret

Parler d’urgence climatique, c’est prendre acte de faits que personne ne peut ignorer. Le réchauffement du climat est une menace mortelle pour la civilisation et nous ne parviendrons pas à le limiter sans changements drastiques dans l’orientation de notre modèle de développement. Pourquoi est-il si difficile de « croire ce que nous savons » et d’agir en conséquence ?

Rappel de quelques faits
Aborder le sujet de l’urgence climatique impose tout d’abord de rappeler les faits qui justifient le caractère alarmiste de cette expression. Ce rappel est quelque peu fastidieux, tant il semble que tout le monde devrait avoir à l’esprit les principales données du problème. Il suffit cependant de lire les journaux et d’écouter les

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Le Burundi bascule-t-il dans le chaos ?
par Philippe Hugon

La manipulation constitutionnelle du président du Burundi Pierre Nkurunziza en avril-mai 2015, visant un troisième mandat, a conduit à une rupture des accords d’Arusha de 2000. La plupart des opposants ont quitté le pays et certains ont été assassinés. La presse est aujourd’hui muselée. Les mouvements d’opposition des rues ont été très durement réprimés. L’armée est en voie de décomposition avec forte tension avec le pouvoir politique et ethnicisation. L’économie « formelle » a subi de plein fouet les effets de la crise politique et des mesures de sanction mises en œuvre notamment par l’Union européenne.
Tous ces éléments risquent de conduire au chaos dans une société marquée par la violence de l’histoire et la grande vulnérabilité de sa population alors que le Burundi n’est pas un enjeu majeur

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De l’hébergement d’urgence au logement
par Christophe Robert et Nadia Taïbi

Christophe Robert est délégué général de la Fondation Abbé-Pierre, au sein de laquelle il a notamment en charge depuis 2007 la coordination du rapport annuel sur l’état du mal-logement en France. Docteur en sociologie, il a auparavant exercé pendant 10 ans une activité de chercheur dans un bureau d’études à Paris dans les domaines de l’habitat, de la politique de la ville ainsi que sur les thèmes de l’exclusion et du développement culturel.
Il est également membre du Comité d’évaluation et de suivi de l’Agence nationale de rénovation urbaine (ANRU), de la Commission nationale consultative des gens du voyage, de la Commission nationale solidarité et renouvellement urbains (SRU), du Comité de suivi de la mise en œuvre du droit au logement opposable et de l’Observatoire national de la pauvreté

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Frais bancaires : quand le « temps est compté »
par Laurent Erbs

Saisir le temps est impossible. Seule sa mesure, ou le ressenti des changements qui affectent la nature ou l’être humain le sont. Le temps reste subjectif, il existe pour celui qui le pense. Parfois on considère qu’il passe trop vite ou pas assez, mais d’autres fois « il faut faire vite ». C’est urgent. Le temps est compté. L’accélération, la pression sont alors convoquées. Il s’agit de prévenir d’un possible préjudice immédiat, ou d’un futur qui deviendrait une menace. Dans une telle situation, la mesure du temps prête davantage attention car l’accélération d’un processus est plus poussée qu’à l’habitude.
La pratique bancaire des « frais » s’aligne sur une telle perspective. Ainsi, les détenteurs de compte devenus défaillants en termes d’avoir monétaire, se voient infliger des pénalités. Commissions ou frais d’intervention, frais de forçage, en constituent le vocabulaire habituellement utilisé par les banquiers à ce propos. Peu importe leur libellé, ces « commissions d’intervention » interpellent

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L’état d’urgence, l’art d’en finir avec la libre citoyenneté
par Sophie Wahnich

L’état d’urgence n’est ni la paix qui suppose la libre circulation des personnes et le respect de toute une série de libertés publiques telles que manifester, s’attrouper, avoir son domicile inviolable, etc., ni la guerre qui suppose de parler d’état de siège et de reconnaître des combattants avec des règles établies de longue date…
L’état d’urgence provient d’une loi votée le 3 avril 1955, préparée sous le gouvernement de Pierre Mendès France, et votée sous le suivant, dirigé par Edgar Faure. Cet « état » a été en vigueur trois fois durant la guerre d’Algérie : en 1955, en 1958 au moment de la crise de la IVe République, et en 1961 durant le putsch des généraux. Dès sa préparation, les termes « d’état d’urgence » plutôt que d’« état de siège » sont choisis, afin de taire l’existence de

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L’état d’urgence n’est pas l’état normal de l’État de droit
par Vincent Grégoire

L’état d’urgence met face à un paradoxe : d’un côté un appareil législatif, censé inscrire la norme dans la durée, mais se soumettant à l’actualité pour la redéfinir constamment. D’un autre côté un état d’urgence, censé suspendre provisoirement la norme pour répondre à une situation exceptionnelle, mais se prolongeant indéfiniment, de telle sorte que l’exception (devenue durable) semble devenir la norme (devenue provisoire) […].

Le 3 juin 2016, le législateur répondait aux attentats du mois de novembre précédent en adoptant la loi renforçant la lutte contre le crime organisé, le terrorisme et leur financement, et améliorant l’efficacité et les garanties de la procédure pénale. Le 24 juillet 2015, c’était la loi relative au renseignement qui était votée. Elle avait été élaborée après les attentats de janvier et suivait de quelques mois l’entrée en vigueur

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Vitesse, accélération, urgence.
Remarques à propos de la chronopolitique
par Christophe Bouton

Vitesse, accélération, urgence. Telles semblent être aujourd’hui les différentes facettes du prisme à travers lequel nous concevons et vivons notre rapport au temps. La notion d’urgence se manifeste tout d’abord par le sentiment de manquer de temps, qui est, d’après une enquête IPSOS parue en avril 2011, « la préoccupation n° 1 des Français, quels que soient leur situation et leur âge ».
Elle se traduit également par la nécessité de se presser (le mot vient du latin « urgere », qui veut dire « presser »). Les dernières statistiques 2015 de la fondation de Dublin (Eurofound – Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail) montrent un malaise croissant des salariés de l’Union européenne vis-à-vis de ce qu’on peut appeler le travail dans l’urgence

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