Archives de avril, 2018

L’édito

Publié: 30 avril 2018 dans N21. Territoire

Il pleut sur Nantes
par Nadia Taïbi

« Ich bin ein Berliner » avait clamé Kennedy sachant la portée historique d’une telle affirmation. Nous étions le 26 juin 1963, et le président des USA voulait assurer son soutien aux Berlinois de l’ouest, là en Allemagne, à quelques encablures de feu le défunt bunker. « Ich bin ein Berliner », pour moi qui suis née après, était une phrase héroïque. Je l’avais mise au même niveau que le fameux : « Je suis Spartacus ! ». Et je voyais John Fitzgerald à la tête d’une armée d’affranchis, sous les traits de Kirk Douglas. Il faut dire que tout était fait pour effacer la terreur, évacuer la guerre « froide » et rendre romantique cette posture belliqueuse. Puis après que je sois née (en 1987), Wim Wenders réalisa « Les ailes du désir » (Der Himmel über Berlin). Je compris que Berlin (où je ne suis toujours pas allée) pouvait être chez moi. Je me suis dit que Kennedy était vraiment fort d’avoir compris que cette ville martyre était une ville-monde qui contenait l’humanité dans ses entrailles. Car être berlinois, pour tous ceux qui ne sont toujours pas allés à Berlin, cela veut dire bien autre chose qu’habiter tel ou tel quartier de la ville. Dans la bouche de Kennedy (de mon point de vue de fille qui n’était pas encore née) être berlinois, cela voulait dire être humain, plongé dans le tragique comme être brestois dans le poème de Prévert ou nantais dans la chanson de Barbara. Être berlinois, c’est sentir qu’on pourrait être n’importe où ailleurs. Le sentir vraiment comme lorsque l’on se trouve dans une impasse existentielle ou que l’on tombe follement amoureux (pour en revenir au film de Wim Wenders). J’ai pris Kennedy pour un ange. Kennedy n’aurait rien compris aux Ailes du Désir, John peut être : je ne l’ai jamais rencontré. Le discours politique dans sa dimension efficace empêche un tel glissement de sens. Les présidents ne font pas de poésie. Leurs discours s’adressent aux gens qui ont une adresse, avec des étrangers, des ennemis potentiels, des Russes (qui sait ?). Et pourtant, « Ich bein a Berliner » dans le film de Wenders, cela aurait pu être une chanson de Nick Cave.

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Des territoires et des cartes : ce que cartographier veut dire…
par Philippe Rekacewicz et Nadia Taïbi

En 2013, pour le journal Le Monde diplomatique au sein duquel il a travaillé presque 30 ans jusqu’en 2014, Philippe Rekacewicz commentait : « Depuis des décennies, la cartographie traditionnelle revendique le statut de science exacte s’appuyant sur des données fiables. Elle se targue de fournir une image neutre et fidèle de la réalité. Mais une telle approche fait l’impasse sur l’utilisation politique et sociale de la carte, et sur son rôle tant de propagande que de contestation.

Depuis le début des années 2000, et dans le désordre, émerge une pratique cartographique qui se dit « radicale » (on parle aussi de « cartographie critique » ou de « contre-cartographie »), riche combinaison revendiquée d’art, de sciences, de
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Décrire et faire les territoires de la ville en marchant
par Christine Schaut

Dans son ouvrage, L’invention du quotidien, Michel de Certeau oppose la ville panorama à la ville métaphorique. Pour les définir il a recours à la métaphore du World Trade Center à New York : celle ou celui qui regarde la ville de son sommet en a une vue certes panoramique mais ce faisant, il s’en détache, la voit de loin, en devient le voyeur et se prive de l’expérience corporelle et sensorielle née du contact avec la foule formée d’usagers ordinaires de l’espace urbain. Par excellence celui ou celle qui opte pour ce regard panoramique est l’urbaniste, le technicien planificateur ou encore le politique.

Ils croient connaître la ville, ce qui est bon pour elle et développent à son égard un pouvoir « omni-regardant » (op.cit. : 141) tout en méconnaissant les pratiques de […]

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Les ivresses inattendues du pouvoir local
(voyage en ego-politique)
par Alain Faure

 

Le pouvoir local se nourrit d’abord de blessures et de doutes, et c’est dans l’intensité de ces fragilités que l’attrait pour la politique locale se dessine et s’affermit.

Introduction. Les mystères du goût du pouvoir
D’où vient ce mystérieux « goût du pouvoir » qui entraîne des individus à s’engager toute une vie dans les arènes électorales et à guerroyer avec tant de ferveur et d’énergie pour « représenter » leurs concitoyens ? La réponse à la question est
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Le wwoof(ing) : un territoire du travail dénié
par Laurent Erbs

Travailler conduit à occuper un endroit et à se déplacer pour s’y rendre. Ce mouvement relève d’un déterminisme social et délimite un espace fermé où interviennent des rapports de pouvoir. C’est le territoire du travail, métonymie de la dépendance économique du salarié, régulée par la monnaie, et créatrice de valeur. En périphérie de cet espace strié, le wwoof(ing) revendique un espace ouvert, bâti sur l’échange désintéressé. Le volontaire propose ses services contre un hébergement dans une ferme, en occultant toute contrainte monétaire.

En effet, l’intervention de l’argent entre le wwoofer et son hôte est totalement exclue. La clé de voûte de cette relation est la gratuité. L’association Woof-France le proclame : « attention : aucune des personnes ne doit percevoir d’argent […] » en échange de son activité à
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Qu’est-ce qu’une Zone A Défendre ?
À propos de Notre-Dame-des-Landes
par Contact ZAD et Nadia Taïbi

Sens-Dessous : Pouvez-vous expliquer dans un premier temps ce que recouvre le sigle Z-A-D ? Pouvez-vous, par exemple, refaire le lien entre les luttes et les occupations menées sur le plateau du Larzac entre 1971 et 1981 et la situation contemporaine à Notre-Dame-des-Landes ?

Contact Z-A-D : Pour tout dire, il est difficile de donner une signification générale de l’expression « Z-A-D ». Par définition, il y a autant de Z-A-D que
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Les avatars du mot diaspora

Publié: 30 avril 2018 dans N21. Territoire

Les avatars du mot diaspora : du lien créé par le malheur commun
à une catégorie de l’action publique
par Jacques Barou

Le terme diaspora est d’un usage de plus en plus répandu pour désigner des populations immigrées ou issues d’immigrations plus ou moins anciennes. Cet usage « commun » d’un concept forgé par plusieurs décennies de recherche académique dans le champ des sciences humaines est révélateur des évolutions du monde contemporain.

Initialement, on distinguait d’une part, des diasporas « classiques » inspirées du modèle de la diaspora juive, définies autour de l’idée d’un peuple dispersé dont la conscience unitaire se serait maintenue par-delà les effets dévastateurs de
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La ruse d’Uber : penser « en même temps »
Sur l’ubérisation
par Nadia Taïbi

« Ubérisation » est un néologisme dérivé des pratiques de l’entreprise de transport californienne Uber créée en 2009 à San Francisco. Il désigne les phénomènes suivants : la « plateformisation » puisque la secrétaire qui transcrit l’ordonnance de ce cardiologue en vue à L. A. vit et travaille à Dubaï, la « démediatisation » où l’on favorise les échanges de pair à pair, l’« horizontalisation » où l’on accomplit la démediatisation et l’hypercapitalisation, car il apparaît que « tout » peut faire l’objet d’une transaction économique.

Les noms en « ions » qui décrivent des processus, des compositions, des mouvements, des mises en réseaux prennent le pas sur les mots en
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L’expédition de Carthagène en 1697 et la fin de la flibuste,
ou comment Saint-Domingue est devenue territoire français
par Vincent Grégoire

La règle des trois unités État-peuple-territoire qui s’affirme pendant la période moderne en Europe doit être pensée dans sa relation contradictoire avec l’administration des territoires coloniaux. Il nous semble pouvoir esquisser une approche de cette articulation à la lumière d’un évènement qui contribua de manière décisive à la fin de la guerre entre la France et l’Europe coalisée en 1697 : la prise de Carthagène des Indes par les Français en avril de cette année. Ce fait d’armes spectaculaire marque aussi la fin de ce que l’on peut appeler l’époque de la flibuste.

L’été 1697 marque en Europe la fin de la guerre de la ligue d’Augsbourg qui s’éternisait depuis 8 ans. La France exsangue réussit contre toute attente à sauver les
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De la ville-refuge aux sanctuary cities :
l’idéal de la ville comme territoire d’hospitalité
par Benjamin Boudou

En 1924, Le Corbusier écrivait : « […] jusqu’au XIXe siècle, on entre dans les villes par le pourtour. Aujourd’hui, les portes des villes sont au centre. Ce sont les gares. » Plus d’un demi-siècle plus tôt, Haussmann fait construire deux nouvelles gares à Paris, cherche à connecter celles qui existaient déjà, et fait d’immenses percées à travers la ville. La ville, bornée par ses fortifications extérieures se transforme en une ville organisée par ses axes de circulation. En 2015, pendant quelques jours entre fin août et début septembre, près de 63 000 réfugiés arrivent en gare de Munich, accueillis sur les quais par des mots de bienvenue.

C’est bien aux portes identifiées par Le Corbusier que les réfugiés se sont présentés, et c’est bien la ville qui est devenue le premier point
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