Archives de 21 septembre 2018

L’édito

Publié: 21 septembre 2018 dans N22. Rien

Y a-t-il vraiment quelque chose plutôt que rien ?
par Nadia Taïbi

Parmi les riens et les choses inconsistantes dont les effets ne me tourmentent presque plus, je compte en vrac : les déclarations de politique générale – depuis celles des présidents directeurs généraux des entreprises qui ont le vent en poupe jusqu’à celles de notre jeune Emmanuel M. qui est tellement (tellement) beau (et jeune) – qu’il suffirait d’un rien… (mais le rien persiste) ; les avis de tempêtes et d’orages « parce qu’à force une alerte orange, ma brave dame, cela ne fait plus rien, comme c’est tout le temps » ; les fausses promesses qui emportèrent la foule des amants et amis dont par pudeur je tairai le nom (et qui se sont défilés mine de rien) ; et enfin la légèreté des vies car somme toute et globalement nous sommes bien peu de choses, et ce n’est pas à la rose que je suis qu’on apprend la chanson. En résumé je suis de ceux qui campent une posture « à la Diogène » : tout cela ne me concerne pas, vanité des vanités, passez votre chemin, ôtez-vous de mon soleil…
Mais il faut bien dire qu’en termes de néant nous ne sommes à l’abri de rien. Et comme on dit qu’il faut toucher le fond pour rebondir, la découverte récente que je fis des « fermes à clics » me fit sortir provisoirement de ma léthargie (désormais installée). Car là nous sommes bien dans le rien de rien, le rien au carré. Chapeau bas !
Les fermes à clics forment le plus bas niveau du digital labor. Il s’agit d’entrepôts où des travailleurs très peu rémunérés (0,06 centime d’euros en moyenne par clic) sont embauchés pour… cliquer sur des liens. Il s’agit de « jeux de notoriété » dont les effets sont principalement politiques. Or, il est avéré de source sûre que : les nouvelles, rumeurs et faux engagements concernant le projet de mur à la frontière entre le Mexique et les USA ont été propagées par une véritable « armée de l’ombre » agissant en souterrain dans une de ces fameuses fermes située par très loin de Tijuana où comme le titraient nos journaux : « Le mur de Donald Trump inquiète… »

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Décroissons !

Publié: 21 septembre 2018 dans N22. Rien

Décroissons !
par Vincent Liegey et Nadia Taïbi

Sens-Dessous : Vous êtes souvent présenté comme un « objecteur de croissance ». Pouvez-vous en dire plus sur cet attribut ?

Vincent Liegey : J’ai découvert la décroissance à la fin des années 2000. Ce terme, malgré ses limites, porte en lui deux caractéristiques essentielles à mon sens. La première c’est que l’on ne peut pas le vider de son sens. En effet, il a été pensé au départ comme un slogan provocateur, comme un outil sémantique qui avait pour objectif de questionner notre modèle de société basée sur la croyance que plus est nécessairement mieux. Il a pour objectif de créer un choc en nous invitant à questionner des croyances implicites. Il nous invite à repenser le sens de la croissance, devenu un totem : la croissance de quoi ? De qui ? Pourquoi ? Comment ? Ainsi, est-ce qu’une croissance infinie dans un monde fini est possible ? Et si elle était possible, est-ce qu’elle serait désirable ?

La deuxième raison pour laquelle ce terme me semble cohérent est liée à la notion de décolonisation de notre imaginaire. En effet, il s’agit d’une invitation à un voyage individuel, collectif et politique à sortir de toutes nos toxicodépendances à la croissance et au toujours plus. Ainsi la décroissance assume la difficulté et la nécessité d’un temps long afin de nous émanciper de nos addictions à la croissance tout en identifiant […]

 

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Hommage aux gens « de rien »

Publié: 21 septembre 2018 dans N22. Rien

Hommage aux gens « de rien »
par Nicolas Clément et Nadia Taïbi

Sens-Dessous : Quand et dans quelles circonstances est né le collectif ?

Nicolas Clément : Le collectif est né officiellement en 2002. Auparavant, il était dans les limbes. Il s’est progressivement mis en forme à partir de l’engagement d’un certain nombre de personnes choquées par la prématurité de la mort des gens à la rue. Il s’est constitué dans le sillage de l’association Aux Captifs la Libération. Les membres de cette association sont membres du collectif au même titre que les autres et le caractère confessionnel a disparu. Au départ, le collectif était plus concentré sur […]

 

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Ne plus être né : L’effacement des êtres et la mort civile
par Nadia Taïbi

« Livrée par sa mère à la marée montante sur la plage, la fillette a été retrouvée noyée au matin du 20 novembre 2013 par des pêcheurs de crevettes. Elle a été inhumée vendredi dans l’urgence avec les indigents du cimetière de l’Ouest à Boulogne-sur-Mer, sans pierre tombale ni plaque à son nom ». Comme tout crime cet infanticide révèle la teneur tragique de certaines vies. Cette mère avons-nous pu lire se trouvait comme dans une impasse et sa personnalité (notamment la question de savoir si son cas était d’ordre psychiatrique ou psychanalytique) fut au centre du procès.

Il aurait pu être le crime parfait et conduire à l’effacement de la fillette, de toute trace de sa présence. Ce fait « divers » rappelle que l’on peut disparaître sans être né. À la manière d’Ivan Jablonka dans Laetitia ou la fin des hommes c’est à cette fille sans nom que nous prêtons attention.

En effet, l’exclusion de cette petite fille du monde des vivants accomplit son mode d’être au monde. Là où pour toute existence humaine elle est scandaleuse, la mort accomplit ici la vie. Cette enfant figure l’être dont le sort est au sens le plus strict « indifférent ». Celui dont la présence ne fait pas de différence. D’ailleurs, elle n’est pas activement noyée mais […]

 

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Le Rien, la mort et l’Idéal

Publié: 21 septembre 2018 dans N22. Rien

Le Rien, la mort et l’Idéal
par Emmanuel Diet

La société hypermoderne, dans sa dérive létale, se trouve aujourd’hui attaquée par la violence nihiliste du terrorisme djihadiste et « les martyrs » jubilent sur les cadavres de leurs victimes ; dans l’attente de leur mort désirée qui les mènera au Paradis, ils rêvent de l’emprise qu’assure leur violence et jouissent de la destruction de la civilisation et du règne du Rien qu’ils travaillent à faire advenir.

Entre la perversion de l’ultralibéralisme, l’hybris technologique, la pléonexie consumériste et la psychopathie des paranoïas intégristes, les sujets de l’hypermodernité se trouvent confrontés à des logiques mortifères destructrices du sens, de la pensée et des liens. Bien plus, la sidération s’empare de nous devant les régressions fanatiques, l’apologie de la haine et du meurtre, la répétition des attentats apparemment dénués de sens. La barbarie s’expose comme projet. Sous le nom de guerre sainte, le fanatisme religieux prescrit l’avenir de la planète et de l’humanité soumises à des logiques thanatiques dont la visée ultime est la déshumanisation et la déculturation et, en fin de compte, la […]

 

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Quand l’athéisme devient jeu

Publié: 21 septembre 2018 dans N22. Rien

Quand l’athéisme devient jeu
par Anne Staquet

Lorsqu’il apprend sa condamnation par le Parlement de la ville de Toulouse comme « athée et blasphémateur du nom de Dieu », Giulio Cesare Vanini a trente-quatre ans. On s’attendrait aujourd’hui à ce qu’il se morfonde et se désespère. Loin de là. Ce jeune philosophe réagit à l’annonce de la sentence pourtant cruelle – il est condamné à avoir la langue coupée, à être pendu, puis que son corps soit brûlé sur le bûcher et que ses cendres soient dispersées au vent, afin qu’il ne reste plus rien de lui – avec des paroles étonnantes : « Allons mourir gaiement en philosophe ! ».

On imagine volontiers l’athée anxieux, marqué par le vide de l’existence du fait qu’il contemple un univers privé d’un Dieu rassurant et protecteur, voûté sous le poids de sa conscience et de la responsabilité qui lui incombe de donner un sens à sa vie, voire à la vie. Et si on pense que les premiers athées modernes vivaient à une période où régnait encore l’Inquisition, autrement dit en un temps où une simple conception différente de Dieu pouvait mener au bûcher, on a du mal à ne pas les imaginer comme des êtres inquiets et aux aguets. Sans compter que l’athéisme est, à l’époque, considéré comme un […]

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Un travail qui fait œuvre

Publié: 21 septembre 2018 dans N22. Rien

Un travail qui fait œuvre
par Éric Lecerf

Le parcours philosophique de Simone Weil est d’une telle richesse qu’il a été source d’inspiration pour des personnes adoptant sur la vie, sur l’esprit de la communauté et la place des individus, sur l’histoire des sociétés et le destin de la culture, des points de vue assez éloignés pour que l’idée de les faire dialoguer puisse relever de la plus parfaite incongruité.

Ainsi, si la tombe de Georges Sorel a été fleurie dans l’entre-deux-guerres par des représentants de l’Italie fasciste, de la Russie soviétique ou des syndicats français, si gentilshommes aux cannes plombées de l’Action Française, paillards aux pavés volants de la Fédération Anarchiste ou encore administrateurs laïques et républicains des facultés de sciences humaines ont pu rivaliser d’ingéniosité pour recueillir l’héritage de Proudhon, l’œuvre de Simone Weil a parfois été […]

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« Fondamentalement rien »

Publié: 21 septembre 2018 dans N22. Rien

« Fondamentalement rien »
par Christophe Meignant

Rien – ce en quoi tout se résout ? Ce en quoi tout commence, si tant est qu’un commencement soit possible ? Cherchant, comme Damascius, à assister à la genèse du Tout, le regard se perd dans le silence infini et glisse dans l’abîme, au point qu’on est pris de vertige face au sans fond de l’être : il n’y a Rien (pour Damascius ce Rien est nom de l’Un).

Le Tout n’est pas représentable, car la représentation exige une phénoménalisation : une distance fondatrice de saisie, contradictoire avec le Tout lui-même, qui demeure sans extériorité.

Le Rien (Tout déchu, privation, annihilation) n’est pas représentable : la représentation est impossible parce qu’elle serait alors sans objet, sans phénoménalité.

S’il y a un Tout, s’il y a un Rien, ce ne peut être qu’en dehors du champ de la représentation, dont il apparaît […]

 

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Le nihilisme nietzschéen

Publié: 21 septembre 2018 dans N22. Rien

Le nihilisme nietzschéen
par Marc de Launay

Le nihilisme est le terme qui résume la plupart des diagnostics de Nietzsche sur la décadence de l’Europe contemporaine ; mais c’est aussi la caractéristique des « deux siècles à venir » ; c’est enfin, à chaque époque passée, ce qui qualifie telle ou telle figure de la pensée ou de la culture, Socrate, par exemple, ou Flaubert. Quel est donc le statut de ce terme dans l’œuvre de Nietzsche, plus profondément, quels en sont les présupposés ?

Dans les fragments posthumes, hormis les deux premières occurrences du terme « nihilisme » dont on indiquera les sources, la chronologie indique que l’apparition de la notion est postérieure aux ébauches de la « volonté de puissance » (été 1880) comme à celles de « l’éternel retour » un an plus tard. Quant aux œuvres publiées du vivant de Nietzsche, la majeure partie des occurrences se concentre dans […]

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Traîner avec André Dhôtel

Publié: 21 septembre 2018 dans N22. Rien

Traîner avec André Dhôtel
par Francis Marcoin

« Je n’arriverai jamais à comprendre ce qu’ils entendent par idéal. J’ai un métier et je ne tiens pas à m’occuper d’autre chose ». Cette réflexion d’un jeune homme, au commencement du roman d’André Dhôtel intitulé L’Azur, pourrait servir d’exergue à tous les livres de l’auteur, appliqué à toujours tirer les fils d’une même pelote, celle d’un personnage à l’entrée d’une vie qu’il ne sait comment mener.

Ou bien plutôt qu’il ne veut pas mener. Car c’est lui qui se laisse conduire, trop paresseux pour vouloir. Un de ces romans s’intitule du reste Bernard le paresseux. Non que ces jeunes gens ne fassent rien. Cela ne les gêne pas, de ne rien faire, mais ils ne refusent pas non plus de travailler. À des tâches obscures, ou du moins tenues comme telles dans la vie […]

 

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